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mardi 31 juillet 2012

De Erba à Riva del Garda - Angoisses nocturnes



Nous repartons d'Erba reposés avec de merveilleuses charcuteries d'Ombrie offertes par Marilena et deux nouvelles pièces pour réparer notre tente fabriquées maison par Riccardo. Tout serait parfait si la traversée de Lecco sous un soleil de plomb n'était pas si éprouvante. Heureusement, on triche un poil, un petit tour de téléphérique et on se retrouve plongé dans une ambiance alpestre très reposante. Nous découvrons le minuscule village de Morterone et son expo permanente d'art contemporain, et nous tombons sous le charme de l'environnement naturel dans lequel nous nous trouvons, à savoir l'Orobie: les reliefs sont très doux même en altitude, quelques rochers affleurent, la végétation très fraîche est d'un vert intense. Les paysages dessinent des lignes qui ondulent et nous mènent à Oltre il Colle, un sublime endroit, point d'orgue de cette partie de la Lombardie où nous espérons bien revenir un jour. Côté papilles, on goûte ici au Taleggio (entre la raclette et le munster suivant l'état de fermentation, délicieux) et au Bagoss. Chaque vallée a son fromage.
Si nous apprécions beaucoup la disparité, la fantaisie et la décontraction italienne côté architecture, c'est un peu plus agaçant quand il s'agit du marquage des sentiers : soit ils sont inexistants, soit ils sont confus où redondants, soit ils sont illisibles, soit ils ne mènent nulle part ou à des refuges fermés. Pour illustration, nous avons suivi un jour sur cinq kilomètres un sentier parfaitement tracé qui nous a amené tout droit à un pont effondré et obligé à une traversée périlleuse de la rivière. Nous nous étions souvent interrogés avant notre départ sur les techniques pour s'orienter. La recette actuelle est la suivante : grandes lignes tracées sur une carte 1/200.000, puis ajustements et rectifications avec le GPS, les cartes et panneaux touristiques et enfin pas mal de conseils collectés auprès des locaux (du moins ceux qui pratiquent un minimum la marche à pieds et qui savent que dans notre cas une 4 voies ne permet pas d'aller plus vite...).
Nous progressons dans les villages au rythme des «oggi sposi», «attenti al cane», autocollants de la ligue du nord (dont on se passerait bien d'après ce que nous en disent nos amis italiens) et bar gelateria.
La marche est propice à la remontée en mémoire de pas mal de souvenirs qu'on ne croyait même plus stockés quelque part... Tleytmess se rappelle du nom de certains camarades de classe dont elle avait oublié l'existence, tandis que Benjamin se désespère de constater qu'il connaît par coeur les paroles du premier album de Sinclair.
Depuis presque trois mois maintenant que nous marchons, si les photos font le part belle aux merveilleux endroits que nous parcourons, soyez rassurés, il y a aussi quelques difficultés : la météo est très imprévisible et de nombreux orages nous ont fait serrer les fesses de jour comme de nuit. En contrepartie, ils génèrent souvent de somptueuses lumières changeantes. Quant à nos nuits elles ne sont pas toujours très reposantes. le moindre bruit amplifié et surinterprété, souvent par manque d'imagination, se transforme parfois en psychose. Plus d'une nuit aux abords des villes sont devenues inquiétantes à partir d'événements aussi dérisoires qu'un drapeau qui claque au vent, une mouche coincée dans un sac, ou un type qui se racle le gorge en promenant son chien.
Les sacs sont toujours aussi lourds même si nous les supportons mieux et nous avons remarqué à ce sujet que, comme le chien ressemble à son maître, le sac ressemble à son randonneur.
Bon, cela dit, les paysages quasi-méditerranéens dont témoignent les photos de notre arrivée sur le lac de Garde font largement oublier ces petits désagréments.
PS : les lacs du coins sont bien plus accueillant. probablement aussi parce que les touristes n'y viennent pas que pour le prestige mais bien pour profiter de la richesse et la diversité de l'environnement.

mardi 17 juillet 2012

De Borgosesia à Erba - Arbres fruitiers et plages privées



Descendus dans la plaine, il est de plus en plus difficile de trouver des sentiers, c'est pourquoi, dès que l'occasion se présente, nous choisissons de traverser les parcs naturels. Ceux-ci imposent des détours et des dénivelés conséquents mais aussi quelques belles surprises.
C'est à Calma, dans le parc de Monte Fenera, alors que nous savonnons vigoureusement nos chaussettes à la fontaine du village, que Noris vient à notre rencontre. Elle habite la maison derrière, revient de son verger et nous invite à boire un thé. Curieuse de notre périple, elle sort un vieil atlas où nous lui indiquons notre parcours. De notre coté, après avoir gouté quelques fruits du verger, nous avons très envie de savoir à quoi il ressemble. C'est avec beaucoup d'enthousiasme que Noris nous accompagne à travers le potager et une partie du verger qui est remarquable (80 arbres fruitiers, un téléphérique et une vue imprenable sur les alentours). Deux heures plus tard un énorme orage de grele nous tombe sur la tete alors que nous venons de décliner l'offre faite par un automobiliste de nous transporter.

Nous approchant de la région des grands lacs, nous croisons de moins en moins de Fiat Panda, et de plus en plus de 4x4 de luxe qui ne voient jamais la couleur de la boue. Nous sentons petit à petit qu'on fait un peu tache dans des villes comme Arona, Varese ou Come où de somptueuses villas sont entourées de jardins aux hêtres pourpres, cèdres du Liban et autres érables japonais de toute beauté. Dans cet environnement si beau et si propre soit-il, le piéton n'a pas sa place. Quelle tristesse de constater que l'aisance et le luxe condamne finalement à ne sortir de chez soi qu'en voiture. C'est en somme une toute autre conception du luxe qui nous a poussé à concevoir ce projet: l'accession par la marche à l'indépendance et à la liberté. Une liberté toute relative lorsqu'il s'agit de traverser des villes riches et touristiques. Les lieux les plus beaux sont cernés de propriétés privées qui interdisent le passage et les accès aux plages sont systématiquement payants.
Grace à la marche, nous avons accédé jusqu'à prèsent à des lieux magnifiques qui de toute évidence appartiennent à tous à la seule et unique condition de les respecter. On se demande alors ce qui pousse certaines personnes à payer 8 euros pour avoir l'immense honneur de s'entasser sur une plage aussi grande qu'un mouchoir de poche: l'accessibilité en voiture sans aucun doute. Et on se demande encore où se baignent ceux qui ont moins d'argent ...
Heureusement, en approchant d'Erba nous prenons le temps de trainer dans le village d'Alserio, son bar essentiellement fréquenté par la gente féminine et son lac préservé de toute activité mercantile. Cela fait du bien de trouver un lieu simple et authentique et cela nous donne un avant gout de l'accueil chaleureux et réconfortant que nous réservent Marilena et Riccardo, les parents de notre ami Tommaso. On profite de cette pause pour se faire coucougner et savourer les bienfaits d'un lit douillet et de la cuisine italienne... bref d'avoir un petit chez-soi.

PS. si quelqu'un sait comment faire un accent circonflexe sur ces claviers qwerty, qu'il se manifeste.

jeudi 12 juillet 2012

D'Avigliana à Borgosesia - Madonnes au pays des 7 naıns



C'est sous une chaleur étouffante que l'on quitte Avigliana et son camping bien sympa. En moins de 30 minutes on perd les bénéfices des douches et lessives de ces 2 jours de pause. La montée au col des Lys est éprouvante mais se trouve récompensée par la commémoration de la résistance des partigiani qui se tient juste ce week end là au col. A cette occasion, discours, concerts, repas traditionnel, défilé de bannières et montèe au flambeau sont au programme. C'est là que nous rencontrons Gian Carlo (un mec super) qui s'installe très spontanément à notre table pour savoir d'où nous venons (il nous a vu peiner avec nos gros sacs en montant le col ...). A 60 ans il est lui meme un voyageur curieux et invétéré. Il a traversé le monde pendant 1 an à l'age de 30 ans et nous confit qu'il ne se sent bien que "quand il vit comme un gitan". Il se remmémore en discutant quelques anecdotes épiques dont la traversée de l'atlantique à la voile: "on était en Afrique et on voulait aller en Amérique, on a cherché une connexion bateau, on a pas trouvé alors on a pris un voilier et on a traversé nous-meme, on était un peu inconscients, heureusement que parmi nous il y avait un breton qui savait un peu naviguer ...traverser l'Atlantique c'est pas comme traverser le lac d'Avigliana ! "

Depuis que nous marchons en Italie, il y a à peu près autant de chapelles, sanctuaires, rosaires, crèches, oratoires et autres lieux dédiés chrétiens que de pas dans une journée. Ce qui nous surprend beaucoup en dehors de cette dévotion assez ostentatoire c'est cette manière très personnelle et décontractée qu'ont les certains italiens de mettre en scène des personnages bibliques. Dans les jardins privés, sur les façades des maisons et dans quelques boutiques les madonnes ou les saints cotoient allègrement Pinocchio, Arlequin, Atchoum où des oursons pecheurs. Quand à la vierge, elle prend tour à tour des allures de Blanche-neige, Dalida ou plus classiquement un Botticelli.

0-4 c'est le score de la finale de l'Euro contre l'Espagne. On sentait bien au lourd silence qui s'installait dans le camping de Viù que ça s'annonçait pas très bien pour la Squadra Azzura... Au calme de la défaite succède ce soir là le tonnerre démentiel d'un violent orage. La météo capricieuse nous pousse à trouver (pour les jours qui suivent) un chemin optimal à flanc de coteaux (désolée mais faut avoir un diplome pour faire un accent circonflexe sur ce clavier) entre les cumulus menaçants du nord et la chaleur caniculaire de la plaine de Biella. A plusieurs reprises, les préaux de petites chapelles bien sympatiques nous servent de refuge pour dormir ou manger au sec.
Depuis la traversée de l'autoroute qui mène à Aoste, le temps s'améliore, le chemin est splendide et l'environnement de toute beauté. Nous avançons ainsi pendant 3 jours avec une vue imprenable sur toute la plaine vers le nord-est italien. Une partie de ce chemin qui nous a été conseillé par un cycliste de Bossola nous permet de découvrir l'impressionnante Basilique d'Oropa et le Piemonte Biellese que nous conseillons à tous les amateurs de vélo, moto, randonnée, ski de fond, cueillette (champignons, myrtilles, chataignes etc), bonne bouffe (formaggi di muca della zona et risotto d'asperges, miam), équitation ou parapente. Contactez nous, on vous donne des adresses !

Par ailleurs, notre italien progresse surtout quand il s'agit de contenter notre ventre. Les piemontais que nous croisons sont adorables, toujours curieux, souriants et serviables mais surtout très bavards ! ils nous font généreusement cadeau de tout un tas d'histoires que nous écoutons avec plaisir sans toujours en saisir les subtilités, ce qui n'a pas l'air de contrarier une seconde nos interlocuteurs volubiles...

vendredi 29 juin 2012

de Briancon (France) à Avigliana (Italıe) - Sentiero dei franchi



Nous quittons Briançon avec une légère appréhension: l'Italie nous attend et avec elle un certain nombre de nouvelles difficultés: notre italien est quasi inexistant (malgré les efforts de nos amis Tommaso et Giulia), nous n'avons repéré aucun sentier de grande randonnée et nous ne possédons aucune carte... Nous choisissons d'entrer en Italie par le col de l'échelle qui nous amène à Bardonecchia puis à la vallée di susa. celle-ci présente quelques particularités pas des plus attrayantes pour des marcheurs : elle est traversée par une autoroute et tout ce qui s'y adjoint (zone commerciale, péage, station service...). Heureusement, nous trouvons «il sentiero dei franchi» dont on a compris qu'il pourrait nous mener jusqu'à la célèbre église San Michele, avant Turin. Ce chemin en balcon, au dessus de la vallée, nous amène à traverser quelques très beaux villages. La situation n'en est, pas moins surréaliste: nous avançons dans les pins sur un petit sentier surplombant une artère pétaradante. Nous notons qu'il y a finalement moins de différences entre le Piémont italien et les Hautes Alpes qu'entre les différents départements français traversés jusqu à présent. Quelques différences notoires cependant : de magnifiques toits en lauze et un choix remarquable de produits frais du côté italien font de l'ombre à la tôle et au jambon sous vide des épiceries françaises. Côté voiture, la Fiat panda est au piémontais ce que la Renaud express est à l'Ardechois.
Nous avons toujours présumé que la marche était un moyen simple et efficace de rencontrer toute sorte d'êtres humains (et d'animaux). Plus nous avançons, plus cela se confirme. A Nevache, une dame aux yeux bleus vifs sur un fauteuil roulant s'invite à notre table de petit déjeuner en s'exclamant : «Vous, je sens que vous avez des choses intéressantes à me raconter!» S'ensuit une conversation de deux heures réellement enrichissante. A Villar Forcchiardo, une française nous paye le café tout en traduisant notre périple à notre hôte. Sur la route, un automobiliste s'arrête pour discuter rando sans se soucier de notre italien bancal.Enfin, à Menea di Susa, une mamie très fière de ses 83 ans, nous vante les bienfaits de la marche. on pense avoir compris qu elle menait tous les jours les vaches à l'alpage, 7km au dessus du village.
La chaleur moite qui s'accentue au fur et à mesure que l'on descend fait ressembler la vallée à un hammam géant et nous incite à faire une pause à Avigliana, ce qui nous permet d'aller visiter l'abbaye San  Michele.

jeudi 21 juin 2012

D'Agnières en Dévoluy à Briançon - Névés crousti-moelleux



A Noyer dans le Dévoluy nous croisons un gars qui s'est fait une spécialité de peindre des cadrans solaires à fresque. Depuis, nous prêtons attention lors de nos passages dans les villages à cet art vernaculaire très présent dans la région.
On avance dans les Hautes Alpes et, pour le coup, ce n'est pas la diversité des arbres mais bien celles des fleurs qui va nous impressionner et cela jusqu'à notre sortie du parc national des Ecrins où nous échouerons dans une réserve biologique de chardons bleus discrète mais splendide. Ainsi, en quelques jours nous aurons vu des myriades de myositis, des floppées d'anémones, des foultitudes de gentianes et de joubarbes, des brouettes de pensées sauvages, un bon paquet d'orchidées et quelques arnicas, sans parler des containers de fleurs non identifiées...
La traversée du massif des Ecrins, de ses névés crousti-moelleux et de ses "saloperies de caillasses merdiques" (du schiste) fut accompagnée d'une météo plus que favorable et nous a permis de bien en profiter, de fréquenter de près les marmottes et de faire quelques photos pour la frime...
A l'approche de Briançon nous avons traversé un petit village assez rustique mais charmant : Bouchiers. Quasi-inaccessible en voiture, il est une preuve que tout un tas de lieux éloignés des flux touristiques réservent leurs lots de surprises. Les architectures du coin combinent élégament la rusticité pyrénéenne et le confort savoyard. Le gîte dans lequel nous séjournons à Briançon en est un bel exemple. Les gérants sont aussi chaleureux que passionnant et l'ambiance générale du gîte (le petit phoque) s'en ressent.
Parmi les gens rencontrés ces derniers jours :
- Un guide de haute montagne retraité qui, à l'écoute de notre projet, s'emballe et nous cite Thomas Jefferson "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre" puis peste contre la gestion calamiteuse du temps de nos concitoyens "Aujourd'hui les gens ont les RTT, les 35heures et internet mais jamais le temps de rien... remarque, à notre époque, dans les années 1980 ils avait trouvé le moyen d'inventer un ministère du temps libre !"
- Un barman quelque peu bourru au premier abord qui nous rejoindra dans le village une heure plus tard pour nous offrir contre toute attente une grosse miche de pain délicieuse qui nous fera un repas (et nous dépannera bien car nous étions en rade de ravitaillement).
- Un gérant de gîte cht'i amoureux de la montagne installé depuis quelques années à Briançon sur les traces de son grand père qui avait découvert la région pour soigner des problèmes respiratoires.

D'une manière générale, depuis le début de notre périple tous nos hôtes sont irréprochables : sympathiques, serviables, curieux, plein d'entrain et de bon sens. Tous nous expliquent (jamais en chouinant) à quel point ils luttent en continu contre les commissions de sécurité et services de contrôle en tous genre qui tendent à standardiser, normaliser, marketer et à terme aseptiser et déshumaniser  leur activité.
Qu'il s'agisse de campings familiaux, gîtes d'étapes, refuges ou chambres d'hôtes (on proscrit les hôtels dans la mesure du possible), les gérants ont en commun de résister pour préserver la singularité de leur activité dont le but est de générer bien d'autres choses que des profits... et nous, nous en tirons d'énormes bénéfices (culturels, humains, sociaux, gastronomiques...)

mercredi 20 juin 2012

La gym de Bardinet



Au fait, tant qu'on a une connexion internet pas trop foireuse, un petit bonus qui date des Cévennes concernant Benjamin !

De Saillans à Agnières en Dévoluy - Odorama



Après ces deux jours de pause, on avance dans la Drôme et plus précisément dans le Diois puis le Dévoluy via les gorges du Gats. On longe le sud du Vercors, le massif du Glandasse et ses impressionantes falaises. En marchant on se dit qu'on apprend tout un tas de choses, entre autre que les scarabés malgré leur carosserie aussi rutilante qu'une voiture repeinte du 9.3. ne sont que de vulgaires mouche à merde, que les pins sylvestres ne sont bons qu'à faire du bois déchiqueté (triste destinée) et aussi qu'après un mois le dos transpirant collé à son sac à dos on produit une drôle d'odeur qui ressemble à s'y méprendre à celle du vinaigre de cidre. Heureusement, en terme d'odeurs nous ne profitons pas seulement de celle que nous générons: depuis plusieurs jours l'action conjointe du soleil et de la pluie a décuplé les senteurs qui se dégagent de notre environnement, c'est un plaisir pour les narines. La marche est vraiment une façon géniale de s'imprégner du paysage et de le laisser s'infuser en nous.
On est également épaté par la diversité des arbres qui peuplent les forêts drômoises: pins sylvestres, hêtres, noisetiers, noyers, chênes, pins à crochets, acacias, sapins... Ceci donne des variétés de verts extrêmement subtiles; on se dit qu'il faut revenir à l'automne, ça doit être un véritable feu d'artifice.
Nous sortons de la Drôme via le col des aiguilles qui nous révèle une vallée verdoyante à l'herbe rase et piquante dans laquelle s'écoule un petit ruisseau suplombé d'impressionnantes roches striées dans laquelle des chamois s'éclatent en dévalant les pentes (1km de dénivelé en 15 minutes). Ce col se trouve être encore une fois une belle frontière départementale avec les Hautes Alpes dont nous causerons dans le prochain message.

NB : pour 100 pas de Benjamin, Tleytmess fait 125 pas. Et en bonus un extrait d'une discussion entendue au bar de Chatillon en Diois : "Ah ça ! Pour se pavaner au bistrôt celui-là, champion du monde ! Par contre quand il s'agit d'aller au charbon ya plus personne !"

vendredi 8 juin 2012

De Génolhac à Saillans - İdentités départementales


Quelques traces de conditionnement à la vie urbaine et réflexes Pavloviens persistent. Dès qu'un coucou ou une grenouille ouvre la bouche nous scrutons notre téléphone en attente d'un SMS ... Tapis d'épines oranges et ardoises argentées s'alternent sous nos pieds, les étapes sont longues et les journées sont chaudes. De nombreux arbres fruitiers se trouvent sur le chemin et nous ne nous privons pas de manger des cerises à gogo (les figues n'étant pas encore mûres). On s'amuse de constater que les frontières administratives des départements français correspondent bien à des réalités géographiques et socio-culturelles. La Lozère, ses roches granitiques, ses chasseurs et son nombre dérisoire d'habitants au mètre carré, le Gard, ses pins maritimes, ses cigales et ses 25% d'électeurs FN, l'Ardèche, ses gorges, sa crème de marron et ses réfractaires au gaz de schiste (signifié sur à peu près toutes les voitures), la Drôme enfin, ses abricotiers, ses tartes aux noix et ses centrales nucléaires. Parmi les situations cocasses nous évoquerons une cabane providentielle apparue sur notre chemin au beau milieu de la forêt à la tombée de la nuit (la tente étant alors encore cassée), un scorpion dans le sac de Tleytmess, une chambre d'hôte ravissante à quelques pas de la Nationale 7 et de l'autoroute du soleil, une scène de sexe chevaline des plus torride dans la prairie au petit matin. Nous profitons de la chaleur caniculaire pour faire une pause sportive et rafraichissante dans les gorges de l'Ardèche à Vallon Pont d'Arc non loin de la célèbre grotte de Chauvet. Nous sommes désormais entrés dans la Drôme et nous montons à nouveau lentement en altitude pour approcher les Hautes Alpes. Plusieurs très belles étapes nous font découvrir les villages de Dieulefit, Bourdeaux et Saillans où il ne nous déplairait pas d'habiter un jour... On profite de ce passage dans la Drôme pour faire une pause : - Aller-retour express à Paris pour Benjamin qui doit aller chercher son passeport... - Visite à Michèle puis Tristan et Haylee dont la délicieuse compagnie n'a rien à envier aux dîners qu'ils nous préparent (gratins de ravioles aux courgettes chez Michèle et recette d'inspiration asiatiques soufflée par Jamie Oliver chez Haylee et Tristan).

lundi 28 mai 2012

De la Couvertoirade à Génolhac - Chasse, écologie et football



Après ces deux jours de pause obligée, nous reprenons la marche dans un brouillard qui se dissipe peu à peu et nous dévoile un paysage singulier : terre rouge désertique, rochers affleurant de l'herbe caussenarde, hêtres tortueux petits et râblés comme des bonsaïs, buis et végétation éparse, rase et serrée pour résister au vent qui balaye inlassablement les causses. A nos pieds surgissent des multitudes d’orchidées sauvages et d’anémones d’un violet profond. Au loin, le paysage semble subdivisé en une multitudes de petites propriétés délimitées par des rochers ruiniformes dont on a du mal à imaginer qu’il ne sont pas des constructions humaines tant ils évoquent des murs de pierres en ruine (d’où leur nom). Nous traversons la Virenque dont les gorges étroites sont emplies d’une végétation simili tropicale, et approchons des Cévennes dont on commence à percevoir les reliefs recouverts de genêts en fleur.
Après une première nuit dans le gîte municipal d’Alzon, nous grimpons sur une crête en direction de L’Espérou via le Saint Guiral, un sommet tout en gros cailloux arrondis. L’étape est longue mais la beauté du paysage nous donne des ailes et le temps radieux nous euphorise littéralement. Ca ne loupe pas, emportés par l’humeur joyeuse et séduit par le panorama magnifique que nous dévoile un chemin qui part sur notre droite nous nous y engageons avec entrain et lâchons involontairement le chemin que nous sommes censés suivre. C’est seulement au bout d’une bonne demi-heure de marche que le doute s’immisce ; une brève consultation du GPS nous fait réaliser notre erreur. Nous sommes bon pour revenir sur nos pas et remonter ce que nous venons de descendre. Agacés par cet épisode nous accélérons la marche, tout en sachant que nous avons de toutes façons explosé notre temps de parcours. Ah ! Si nous avions la tente ces questions ne se poseraient pas ! Nous ne sentirions pas l’obligation de rejoindre à tous prix le prochain gîte et pourrions stopper quand et où bon nous semble. Nous tirerons une leçon de cette légère déconvenue : il ne faut jamais relâcher notre attention même (et surtout à vrai dire) quand tous les éléments semblent de notre côté.
A l’approche du village de l’Espérou, alors que le jour tombe, aidés par la fatigue, nous perdons de vue le chemin de grande randonnée que nous suivons. GPS à la main, nous optons pour une traversée à travers champ pour rejoindre la départementale qui nous amènera au village, puis au gîte dont la tenancière commençait à s’inquiéter. Impossible de la prévenir de notre retard, nos téléphones ne captent quasiment rien dans la région. Elle nous a cuisiné un succulent civet de sanglier que nous nous empressons d’honorer avec une fringale de tous les diables. Faut bien reconnaître qu’on est plus à l’aise quand ils sont dans nos assiettes ces gros bestiaux. En effet, celui de ces congénères qui, planqué dans un fourré, nous a subitement grogné dessus dans l’après midi peut se vanter de nous avoir bien flanquer la frousse : jamais nous n’aurions pensé être capable de faire un bond pareil avec un tel poids sur le dos.
A part une grosse migraine pour Tleytmess et la foudre qui manque de nous tomber dessus le jour de la Pentecôte (certainement une manifestation de l'Esprit Saint), la suite de notre traversée des Cévennes est plus paisible. Les Rochers ronds granitiques, l’herbe beige, les parterres de genêts, les gibiers et les confitures maisons feront la joie de la découverte de ce massif dont nous ne connaissions rien. La sympathie et la diversité des gérants des gîtes nous amuse et nous donne l'occasion de discuter chasse, voyage, gastronomie, écologie et football (Nous suivons le match France-Islande avec nos hôtes).

lundi 21 mai 2012

De Viviers les montagnes à la Couvertoirade - Une nuit dans une grotte




Ca y est, il semble qu’on commence à entrer dans le vif du sujet. Jour après jour nous nous enfonçons dans des régions de moins en moins densément peuplées et plus question désormais de se faire récupérer par des copains ou cajoler par la famille... Après une traversée assez peu palpitante de la ville de Castres, nous montons peu à peu en altitude et nous nous immergeons dans un paysage qui change subtilement et fait apparaître progressivement une végétation plus sèche : des résineux, des buis et des genêts. Les villages se font rares, et nous nous devons de calculer judicieusement nos réserves de nourriture d’autant plus que la promesse d’un village n’implique pas nécessairement celle d’une épicerie… et quand il y en a une, il n’est pas gagné qu’elle soit ouverte au moment de notre passage.
Avec un plaisir certain, nous prenons nos habitudes dans cette nouvelle vie « sauvage ». Nous faisons notre première toilette dans un ruisseau et enchaînons les bivouacs en pleine nature : au cœur d’une forêt de pins dont les troncs ondulent et craquent à chaque bourrasque, noyés dans les herbes hautes au bord du lac du Laouzas (On découvrira le lendemain que le lieu est infesté de tiques dont deux sont venus se loger sur les cuisses de Benjamin), au bord d’un chemin boueux réveillés par une bruine intense et pénétrante dans la forêt du Haut Dourdou…
En effet, après un beau début de semaine bien qu'un peu frais (nuits qui frôlent méchamment les 0 degré), le temps semble se gâter et s’annonce carrément catastrophique pour les jours à venir, ce qui n’arrange pas nos affaires. Du coup, on essaye de mettre la gomme pour tenter d’atteindre rapidement la cité médiévale de la Couvertoirade où nous savons qu’il existe un gîte d’étape qui nous permettra de patienter au chaud que les intempéries passent sans exploser notre budget journalier (on reviendra sur ce point plus tard).
La veille de notre arrivée à la Couvertoirade nous pénétrons sur les causses du Larzac. Pour un randonneur qui parcours ces immenses plateaux, l’un des avantages de leur configuration géographique est qu’elle permet de voir venir de loin le mauvais temps - en l’occurrence un énorme orage - l’inconvénient étant qu’on y fait rapidement office de paratonnerre. Voyant cet orage nous rattraper inexorablement et constatant encore la distance relativement longue qui nous sépare de la Couvertoirade, nous demandons à un habitant d’un petit hameau (un Mas comme ils disent dans le coin) si il n’aurait pas l’idée d’un endroit où nous pourrions passer une nuit à l’abri des intempéries qui s’annoncent sévères. Il réfléchit un instant, chausse ses bottes et nous indique de le suivre. Il marche d’un pas rapide et parle d’une grotte dans laquelle nous pourrions nous installer, l’idée est assez excitante. Le vent se lève, les bourrasques se font de plus en plus fortes et la pluie crépite sur nos vêtements. Imperturbable, le brave monsieur continue d’un pas vif, quitte la petite route que nous suivons et nous indique effectivement une cavité naturelle à proximité de laquelle une source a la bonne idée de surgir. Un endroit sec où dormir ; un point d’eau potable, autrement dit pour nous à ce moment là : l’essentiel. Nous sommes ravis et nous nous payons même le luxe d’allumer un feu et de monter notre tente tellement l’espace est grand.
A notre réveil, l’orage gronde à nouveau et ne semble jamais vouloir se calmer. Les éclairs tombent à quelques centaines de mètres de notre abri. On ne préfère même pas imaginer ce qu’aurait été notre nuit (et notre matinée) sans cette rencontre providentielle…
L’orage fini par s’éloigner, mais c’est quand même sous une pluie battante que nous finissons par arriver piteusement à la Couvertoirade.
Le temps s’avère, comme annoncé, parfaitement catastrophique pour les jours à venir. Des trombes d’eau s’abattent en continue sur les toits en ardoises de la cité médiévale. Nous mettons à profit ces jours d'arrêt forcé pour régler un problème technique fâcheux : l’un des arceaux de la tente a lâché au cours de cette dernière nuit. Nous nous voyons dans l’obligation de renvoyer la structure de la tente au magasin le vieux campeur dont l'efficacité en terme de conseils et de soutien logistique pour ce genre de projet est remarquable. Si tout va bien, on devrait retrouver la structure de notre tente réparée au camping de Vallon Pont d’Arc en Ardèche. D’ici là il faut faire sans. Heureusement nous nous apprêtons à entrer dans les Cévennes où nous devrions trouver sans trop de mal des gîtes d’étape où passer nos nuits. Il faut juste qu’on évalue nos étapes, pas question de dormir en pleine pampa sans tente…                                                                                        

dimanche 13 mai 2012

Pause à Séménat




De Villefranche de Lauragais à Viviers les Montagnes - Eoliennes et tambour de machine à laver




Requinqués et rafraichis après cette agréable pause toulousaine nous reprenons notre périple à Villefranche de Lauragais. Nous avons rendez-vous dans deux jours à Revel avec les parents de Benjamin pour une dernière étape familiale. Le vent puissant qui balaye la plaine du Lauragais en fait un territoire favorable à l’implantation d’immenses éoliennes. Nous marchons à leur pied, le nez en l’air, légèrement étourdis et quelque peu hypnotisés par le bruit des puissantes rotations qui évoque le rythme lancinant d'un tambour de machine à laver. Ces immenses colonnes puissantes et blanches immaculées surgissent au beau milieu de champs de blé vert argenté à la chevelure ondoyante d'une voluptueuse brillance. Cet effet cinétique qu’accentuent les caresses du vent vient parfaire l’effet d’hypnose.
Le soir en me brossant les dents au milieu de ce paysage fascinant, je trouve que c’est bien plus exaltant que mon reflet dans la glace de notre petite salle de bain parisienne. En fait c’est surtout l’idée que ma salle de bain sera encore différente demain soir et après demain soir qui m’amuse. Au moment où j’écris, Benjamin s’endort paisiblement, un grillon fait des vocalises et j’entends de drôles de bruits. Le vent est tellement puissant qu’on se croirait volontiers au bord de la mer.
Le lendemain nous longeons la rigole du canal du midi sous une chaleur de plomb ! On croise nos premiers serpents : des couleuvres qui se laissent glisser lourdement dans le cours du canal à notre approche. Le samedi, le temps est à la grisaille, la présence des parents de Benjamin ensoleille notre parcours qui n’est franchement pas folichon : route bitumée, détours sans fin dans des quartiers résidentiels de petits villages assez peu palpitants. Ils nous quittent à mi-route, retournent à Revel tandis que nous continuons jusqu’à Viviers les montagnes où nous serons récupérés par Hélène (Une amie de Tleytmess). Nous passons le dimanche dans la maison qu'ils ont construit de leurs petites mains avec son mari Fabrice et toute l'équipe de Séménat. Les travaux ont bien avancé, nous donnons un coup de main pour ratisser le terrain au dessus de la salle de répétition et installer un conduit d'évacuation. Les enfants ont une frite d'enfer et nous font bien marrer. C’est notre dernière pause chez des amis avant un moment. Notre mise en route dans ce projet se fait en douceur, accompagnés et accueillis par des proches qui nous donnent bien du courage. Il en faut !