Afficher De Monléon-Magnoac à Istanbul sur une carte plus grande

mercredi 29 août 2012

de Miramare (Italie) à Klevonica (Croatie) - Dynamique de la précarité volontaire



Après 3 jours de vie luxueuse dans les dortoirs et les douches partagées de l'auberge de jeunesse de Miramare (à l'ouest de Trieste), nous nous replongeons mollement dans ce qu'on appelle parfois "notre dynamique de la précarité volontaire". Pour précision, c'est ce qui nous fait bouger depuis le début. Nous n'avons aucune attache, nous ne pouvons laisser la tente nulle part (à moins que ce soit un camping mais cela fait vite dépasser notre budget). Bref la solution est d'avancer, sac sur le dos avec toutes nous affaires. Cette année nous coute moins cher si nous marchons que si nous restons sur place.

Suite à un chargement de parcours, nous ne passons finalement que deux jours en Slovenie dont l'un assez éprouvant le long d'une nationale qui mène à Rijeka des flopées de touristes allemands et autrichiens qui s'apprêtent à tremper leur cul dans l'Adriatique. Les paysages de l'extrême sud-ouest du pays sont tes bucoliques et nous laissent rêveurs. Malgré le peu de temps passé sur le territoire, nous avons et, à l'occasion des différentes rencontres, la chance de déguster quelques spécialités : 
- Au camping de Školfje, la patronne nous prépare une délicieuse soupe au lard (le jota) et de petits roulés de pomme de terre au épinards et à l'ail (des štruklji). - A Prem, spontanément invités par ma famille Gardelin (alors qu'on s'apprête à faire la sieste non loin de chez eux), nous découvrons le chou fermenté, spécialité de le région. Le père qui parle un très bon français, nous fait visiter la maison dont la décoration évoque à Benjamin les intérieurs Moldaves (ou syldaves) de Tintin et le sceptre d'Ottokar.
- Enfin, à l'hôtel Kocanija, (devant lequel nous ne faisons que passer) la patronne nous invite instantanément et de manière assez directive à nous asseoir et nous apporte un petit déjeuner gargantuesque: oeufs, bacon, poivrons cuits au vinaigre, radis, cafés, coca. Elle nous propose aussi de passer une nuit à l'hôtel. Il n'est que 9h du matin, nous déclinons et repartons quelque peu stupéfaits et abasourdis par ce geste gratuit de la part d'un commerçant qui normalement vend ce même service.

Le long d'un sentier Slovène qui nous mène à le frontière croate, tandis que nous redoutons l'apparition d'un ours, c'est finalement deux douaniers qui surgissent d'un bosquet et nous font gentiment comprendre que le chemin que nous voulons emprunter pour entrer en Croatie nous coûterait la bagatelle de 100 euros d'amende. Nous sommes donc contraints de faire un crochet de 5km pour rejoindre le passage officiel; ce qui nous vaut une des scène les plus burlesque du voyage à la douane : nous deux, sac sur le dos, dans la file d'attente des voitures entre un camping car néerlandais et une BMW allemande.
Le basculement sur le territoire croate nous plonge dans un environnement aride et pierreux qui nous pousse à s'adresser aux habitants pour avoir suffisamment d'eau et savoir où poser notre tente. C'est comme ça que nous rencontrons Šefik qui possède à la sortie du village de Škalnica un immense terrain envahie par des carcasses de camions et autres épaves de voitures. Il accepte tout de suite de nous laisser poser notre tente chez lui et viendra même nous indiquer un endroit plus confortable avec un accès à l'eau. A la nuit tombée, il nous invite sur sa terrasse à boire une bière et un jus de cerises maison. Nous discutons dans un mélange d'italien limité et d'allemand bancal. Abordant finalement certains sujets politiques plus complexes (entre autres la situation actuelle des pays de l'ex-Yougoslavie), Šefik à l' idée de faire usage de google traduction pour palier à nos déficiences linguistiques. Les limites du moteur de traduction et le sens de l'humour dont Šefik fait preuve dans ses tournures de phrase déclenchent quelques fou rire. Le lendemain au petit déjeuner, alors qu'on lui fait remarquer que son potager est resplendissant, il nous explique que ce ne fut pas facile. Chaque cm de terre se gagne à coup de pioche contre un sol truffé de pierres. S'ajoute à cela une sécheresse qui dure depuis 4 mois dont la famille d'agriculteurs slovènes de Prem nous avait déjà parlé concernant leur production de choux blancs. Les paysages dans lesquels nous avançons les jours suivants en sont marqués. Les arbres sont secs et virent au rouge et le jaune lumineux des champs pelés est ponctué de chardons bleus.

Un soir, alors que nous venons d'installer la tente, un jeune berger et son troupeau passent près de nous. La scène est magique. Après une journée de chaleur étouffante, le jour décline doucement. Pas un souffle de vent. Seuls les cloches et le bruissement des feuilles sèches que mâchent les chèvres viennent rompre le silence. Le troupeau progresse très lentement entre les herbes rases et les murets de pierres d'un pâturage parsemé de chênes tortueux. L'atmosphère pastorale méditerranéenne de cette scène évoque à nos esprits la Palestine du petit Jésus. Après une semaine passée en hauteur (avec des vues imprenables sur la mer et les îles dalmates), à distance raisonnable des plages et de l'activité balnéaire qui s'y déploie, nous nous décidons enfin à tremper un pied dans l'eau après avoir judicieusement choisi un village de taille raisonnable pour faire une pause: Klevonica.

En bonus pour les oreilles :
Dans un camping, en Slovenie, un Tcheque chante Folsom Prison de Johnny Cash dans sa langue :

jeudi 16 août 2012

De Pianello à Trieste - Hospitalité İtalienne




Nous quittons le Trentino et nos premiers pas dans le Veneto sont joyeusement accompagnés par Rosanna et sa petite chienne Franca le long du fleuve Brenta.  Lors de la traversée de Pove del Grappa nous demandons à un habitant de remplir nos gourdes. Curieux de notre périple, il nous propose aussitôt d'installer notre tente chez son voisin. L'endroit est parfait, nous sommes ravis et comprenons rapidement que leur hospitalité ne s'arrêtera pas là. Après nous avoir proposé de prendre une douche, Maria et Giuseppe nous servent un repas. Au fur et à mesure que le nuit tombe une dizaine de leurs amis et voisins viennent et s'assoient autour de la table  pour discuter un brin. Un méli-mélo d'espagnol, d'allemand, d'anglais et d'italien nous permet d'échanger avec tout le monde. Ils saisissent très bien les enjeux et les motivations de ce projet de marche et d'une manière générale, nous partageons pas mal de choses sur la vie, la politique et la nourriture. La soirée se déroule dans une ambiance de franche camaraderie tout à fait joviale. Le lendemain, c'est au tour de Giovanni, le voisin, de témoigner de son hospitalité en nous offrant un délicieux petit déjeuner.
Pour la première fois depuis la Drôme nous sortons des montagnes et évoluons à leur pied. Les oliviers des alentours de Pove laissent peu à peu la place à des vignobles qui se déploient sur de doux reliefs qui évoquent à Benjamin ceux de le Dordogne. Ici point de Bergerac mais du Prosecco.
Nous nous enfonçons progressivement dans la plaine, les montagnes apparaissent au loin, au dessus des champs de maïs. Avec nos tenues et nos équipements nous intriguons les locaux qui nous demandent régulièrement où nous allons. Ils nous offrent des fruits de leur jardin, des cafés, des biscuits; les commerçants ajoutent volontiers une bricole à nos courses. Tout cela est plutôt enthousiasmant.
Parmi les rencontres, la plus inattendue reste celle avec Romeo qui, à peine nous avoir vu passé devant chez lui, nous invite sous sa tonnelle de kiwis. L'eau coule à flot d'une fontaine que chaque habitant a dans son jardin et qui provient d'un généreux fleuve souterrain. La discussion se prolonge et Romeo ne résiste pas à l'envie de nous faire découvrir sa passion. Nous le suivons dans ce qu'il appelle son «petit laboratoire» puis dans sa cave. Il distille tout un tas de fruits qui poussent autour de chez lui et réalise des liqueurs dont les vapeurs sont exquises. Il nous en offre une petite bouteille à base de mures: parfait, cela manquait à notre équipement et ce n'est pas trop lourd.
Ces rencontres, même furtives, dont nous ne narrons que les plus singulières, se sont multipliées depuis notre sortie du Trentino. Ce n'est pas seulement parce que nous faisons figure d'extra-terrestre dans ces plaines agricoles, mais aussi parce que, sans doute, l'esprit y est un peu différent. Après un mois et demi passé en Italie nous nous remémorons nos premiers jours dans le Piémont où nous ne cessions de susciter l'intérêt. On s'amuse de constater que jamais dans la très riche Lombardie nous ne nous sommes fait inviter spontanément ou même aborder par curiosité. Aussi, pas une des maisons qui nous ont offert l'hospitalité ne présentait de signes ostentatoires religieux, caméra de surveillance, nain de jardin ou petit chien teigneux. Quant au Trentino, les rares personnes avec lesquelles nous avons échangé nous ont fait part elle-même de la mentalité un peu trop autrichienne de la région. Dommage, c'est sans doute celle qui nous a le plus séduit.
Nous faisons maintenant une pause à Trieste afin de se remettre de ces chaudes et longues journées de marche en plaine. La Slovénie n'est qu'à une centaine de mètres, nous appréhendons quelque peu: il va falloir nous familiariser avec les rudiments d'une nouvelle langue et les villages sont bien moins nombreux qu'en Italie, ce qui va nous contraindre à une plus rigoureuse gestion de la nourriture et de l'eau. Nous sommes déjà un peu dans le bain, depuis 2 jours tout est écrit dans les deux langues et plusieurs personnes que nous rencontrons sont d'origine slovène. Parmi eux Boris et Patrizia qui tiennent une ferme-auberge à Medeazza où nous dégustons un jambon à tomber par terre. Accueil, décoration, nourriture et musique sont un sans faute et comme par hasard nous sommes perdus en pleine pampa loin des axes routiers et des lieux touristiques: il y a toujours une certaine cohérence.
Plus loin c'est Pietro Antonic, ancien chef d'un resto italien de la banlieue de Londres, qui nous invite à déguster une énorme tomate de son potager qu'il prépare en un tour de main avec du basilique, de l'huile d'olive et du pain maison. Ultra- volubile, Pietro tourbillonne dans tous les sens et raconte mille, anecdotes liées à sa collection d'assiettes qui orne les murs de sa cuisine tandis qu'il prépare des bocaux de sauce tomate pour l'hiver. Nous repartons alors que le jour décline avec du pain, des tomates, une rose er une balle de la seconde guerre mondiale.
Depuis notre traversée du fleuve Insonzo de doux reliefs nous ont amené sur un plateau dont la végétation et la géologie nous évoque le Larzac. Les arbustes rougeoient annonçant l'approche de l'automne et au loin entre les arbres, nous apercevons la mer Adriatique.

jeudi 9 août 2012

Un crochet dans les Dolomites



Depuis Briancon déjà, nous croisons des gens qui nous parlent de ce massif célèbre. Notre chemin passe 50km plus au sud, nous sautons dans un bus (et un téléphérique) pour nous y rendre et y passer une journée féerique avant de reprendre notre route au point où nous l'avons laissé.
Petits cailloux, cassures, éraflures, crevasses et mini-cratères donnent à l'ensemble, vu de loin, un aspect velouté qui pourrait évoquer une moisissure de fromage roulée dans la cendre.
Ce petit détour et les dépenses qui y sont liées rappellent à notre porte-monnaie que ce voyage n'est viable, pour nous, qu'à condition de dormir le plus souvent dans la nature et d'éviter toute dépense superflue.

mercredi 8 août 2012

De Riva del Garda à Pianello - Randonneurs a la plage




Après une journée passée sur la page du lac de Garde en tenue de randonneurs au milieu des bikinis, nous entamons la marche sous une température à peine plus clémente en fin d'après-midi et pénétrons dans une vallée dont nous ne soupçonnons pas la beauté. Celle-ci regorge de vergers, potagers et vignobles dont les alignements contrastent avec les falaises vertigineuses qui s'élèvent au dessus de nos têtes. Les roches qui affleuraient gentiment depuis Lecco semblent maintenant chercher à s'extraire du sol et annoncent l'approche du massif des Dolomites vers lequel nous nous dirigeons. Un soir nous nous arretons pour dormir chez des vignerons qui ont aménagé un micro-camping. La patronne nous accueille avec un énorme ballon de rouge puis revient un brin éméchée alors que nous nous apprétons à dormir pour nous offrir une pizza et à nouveau du pinard. Au petit matin nous repartons avec un plein panier de tomates cerises.
En arrivant place du dôme à Trento, Tleytmess tombe instantanément sous le charme de la ville. A mi-chemin entre l'Autriche et l'Italie, l'architecture offre une grande diversité : une combinaison réjouissante de l'élégance vénitienne, du classicisme romain, du baroque autrichien et de la rusticité des architectures vernaculaires alpines. Nous décidons d'y passer une nuit afin de flâner dans la ville (libérés des sacs) et de s'offrir un restaurant dont la cuisine raffinée est absolument délicieuse: Il Cappello.
Notre avancée dans les vallées du trentino est ponctuée part des baignades rafraîchissantes dans de très beaux lacs accessibles (et gratuit!).
Cette région nous donne très envie d'y revenir faire autre chose que de la marche : escalade, vélo, voile, canyoning, oeno-tour... les possibilités sont nombreuses.

mardi 31 juillet 2012

De Erba à Riva del Garda - Angoisses nocturnes



Nous repartons d'Erba reposés avec de merveilleuses charcuteries d'Ombrie offertes par Marilena et deux nouvelles pièces pour réparer notre tente fabriquées maison par Riccardo. Tout serait parfait si la traversée de Lecco sous un soleil de plomb n'était pas si éprouvante. Heureusement, on triche un poil, un petit tour de téléphérique et on se retrouve plongé dans une ambiance alpestre très reposante. Nous découvrons le minuscule village de Morterone et son expo permanente d'art contemporain, et nous tombons sous le charme de l'environnement naturel dans lequel nous nous trouvons, à savoir l'Orobie: les reliefs sont très doux même en altitude, quelques rochers affleurent, la végétation très fraîche est d'un vert intense. Les paysages dessinent des lignes qui ondulent et nous mènent à Oltre il Colle, un sublime endroit, point d'orgue de cette partie de la Lombardie où nous espérons bien revenir un jour. Côté papilles, on goûte ici au Taleggio (entre la raclette et le munster suivant l'état de fermentation, délicieux) et au Bagoss. Chaque vallée a son fromage.
Si nous apprécions beaucoup la disparité, la fantaisie et la décontraction italienne côté architecture, c'est un peu plus agaçant quand il s'agit du marquage des sentiers : soit ils sont inexistants, soit ils sont confus où redondants, soit ils sont illisibles, soit ils ne mènent nulle part ou à des refuges fermés. Pour illustration, nous avons suivi un jour sur cinq kilomètres un sentier parfaitement tracé qui nous a amené tout droit à un pont effondré et obligé à une traversée périlleuse de la rivière. Nous nous étions souvent interrogés avant notre départ sur les techniques pour s'orienter. La recette actuelle est la suivante : grandes lignes tracées sur une carte 1/200.000, puis ajustements et rectifications avec le GPS, les cartes et panneaux touristiques et enfin pas mal de conseils collectés auprès des locaux (du moins ceux qui pratiquent un minimum la marche à pieds et qui savent que dans notre cas une 4 voies ne permet pas d'aller plus vite...).
Nous progressons dans les villages au rythme des «oggi sposi», «attenti al cane», autocollants de la ligue du nord (dont on se passerait bien d'après ce que nous en disent nos amis italiens) et bar gelateria.
La marche est propice à la remontée en mémoire de pas mal de souvenirs qu'on ne croyait même plus stockés quelque part... Tleytmess se rappelle du nom de certains camarades de classe dont elle avait oublié l'existence, tandis que Benjamin se désespère de constater qu'il connaît par coeur les paroles du premier album de Sinclair.
Depuis presque trois mois maintenant que nous marchons, si les photos font le part belle aux merveilleux endroits que nous parcourons, soyez rassurés, il y a aussi quelques difficultés : la météo est très imprévisible et de nombreux orages nous ont fait serrer les fesses de jour comme de nuit. En contrepartie, ils génèrent souvent de somptueuses lumières changeantes. Quant à nos nuits elles ne sont pas toujours très reposantes. le moindre bruit amplifié et surinterprété, souvent par manque d'imagination, se transforme parfois en psychose. Plus d'une nuit aux abords des villes sont devenues inquiétantes à partir d'événements aussi dérisoires qu'un drapeau qui claque au vent, une mouche coincée dans un sac, ou un type qui se racle le gorge en promenant son chien.
Les sacs sont toujours aussi lourds même si nous les supportons mieux et nous avons remarqué à ce sujet que, comme le chien ressemble à son maître, le sac ressemble à son randonneur.
Bon, cela dit, les paysages quasi-méditerranéens dont témoignent les photos de notre arrivée sur le lac de Garde font largement oublier ces petits désagréments.
PS : les lacs du coins sont bien plus accueillant. probablement aussi parce que les touristes n'y viennent pas que pour le prestige mais bien pour profiter de la richesse et la diversité de l'environnement.

mardi 17 juillet 2012

De Borgosesia à Erba - Arbres fruitiers et plages privées



Descendus dans la plaine, il est de plus en plus difficile de trouver des sentiers, c'est pourquoi, dès que l'occasion se présente, nous choisissons de traverser les parcs naturels. Ceux-ci imposent des détours et des dénivelés conséquents mais aussi quelques belles surprises.
C'est à Calma, dans le parc de Monte Fenera, alors que nous savonnons vigoureusement nos chaussettes à la fontaine du village, que Noris vient à notre rencontre. Elle habite la maison derrière, revient de son verger et nous invite à boire un thé. Curieuse de notre périple, elle sort un vieil atlas où nous lui indiquons notre parcours. De notre coté, après avoir gouté quelques fruits du verger, nous avons très envie de savoir à quoi il ressemble. C'est avec beaucoup d'enthousiasme que Noris nous accompagne à travers le potager et une partie du verger qui est remarquable (80 arbres fruitiers, un téléphérique et une vue imprenable sur les alentours). Deux heures plus tard un énorme orage de grele nous tombe sur la tete alors que nous venons de décliner l'offre faite par un automobiliste de nous transporter.

Nous approchant de la région des grands lacs, nous croisons de moins en moins de Fiat Panda, et de plus en plus de 4x4 de luxe qui ne voient jamais la couleur de la boue. Nous sentons petit à petit qu'on fait un peu tache dans des villes comme Arona, Varese ou Come où de somptueuses villas sont entourées de jardins aux hêtres pourpres, cèdres du Liban et autres érables japonais de toute beauté. Dans cet environnement si beau et si propre soit-il, le piéton n'a pas sa place. Quelle tristesse de constater que l'aisance et le luxe condamne finalement à ne sortir de chez soi qu'en voiture. C'est en somme une toute autre conception du luxe qui nous a poussé à concevoir ce projet: l'accession par la marche à l'indépendance et à la liberté. Une liberté toute relative lorsqu'il s'agit de traverser des villes riches et touristiques. Les lieux les plus beaux sont cernés de propriétés privées qui interdisent le passage et les accès aux plages sont systématiquement payants.
Grace à la marche, nous avons accédé jusqu'à prèsent à des lieux magnifiques qui de toute évidence appartiennent à tous à la seule et unique condition de les respecter. On se demande alors ce qui pousse certaines personnes à payer 8 euros pour avoir l'immense honneur de s'entasser sur une plage aussi grande qu'un mouchoir de poche: l'accessibilité en voiture sans aucun doute. Et on se demande encore où se baignent ceux qui ont moins d'argent ...
Heureusement, en approchant d'Erba nous prenons le temps de trainer dans le village d'Alserio, son bar essentiellement fréquenté par la gente féminine et son lac préservé de toute activité mercantile. Cela fait du bien de trouver un lieu simple et authentique et cela nous donne un avant gout de l'accueil chaleureux et réconfortant que nous réservent Marilena et Riccardo, les parents de notre ami Tommaso. On profite de cette pause pour se faire coucougner et savourer les bienfaits d'un lit douillet et de la cuisine italienne... bref d'avoir un petit chez-soi.

PS. si quelqu'un sait comment faire un accent circonflexe sur ces claviers qwerty, qu'il se manifeste.

jeudi 12 juillet 2012

D'Avigliana à Borgosesia - Madonnes au pays des 7 naıns



C'est sous une chaleur étouffante que l'on quitte Avigliana et son camping bien sympa. En moins de 30 minutes on perd les bénéfices des douches et lessives de ces 2 jours de pause. La montée au col des Lys est éprouvante mais se trouve récompensée par la commémoration de la résistance des partigiani qui se tient juste ce week end là au col. A cette occasion, discours, concerts, repas traditionnel, défilé de bannières et montèe au flambeau sont au programme. C'est là que nous rencontrons Gian Carlo (un mec super) qui s'installe très spontanément à notre table pour savoir d'où nous venons (il nous a vu peiner avec nos gros sacs en montant le col ...). A 60 ans il est lui meme un voyageur curieux et invétéré. Il a traversé le monde pendant 1 an à l'age de 30 ans et nous confit qu'il ne se sent bien que "quand il vit comme un gitan". Il se remmémore en discutant quelques anecdotes épiques dont la traversée de l'atlantique à la voile: "on était en Afrique et on voulait aller en Amérique, on a cherché une connexion bateau, on a pas trouvé alors on a pris un voilier et on a traversé nous-meme, on était un peu inconscients, heureusement que parmi nous il y avait un breton qui savait un peu naviguer ...traverser l'Atlantique c'est pas comme traverser le lac d'Avigliana ! "

Depuis que nous marchons en Italie, il y a à peu près autant de chapelles, sanctuaires, rosaires, crèches, oratoires et autres lieux dédiés chrétiens que de pas dans une journée. Ce qui nous surprend beaucoup en dehors de cette dévotion assez ostentatoire c'est cette manière très personnelle et décontractée qu'ont les certains italiens de mettre en scène des personnages bibliques. Dans les jardins privés, sur les façades des maisons et dans quelques boutiques les madonnes ou les saints cotoient allègrement Pinocchio, Arlequin, Atchoum où des oursons pecheurs. Quand à la vierge, elle prend tour à tour des allures de Blanche-neige, Dalida ou plus classiquement un Botticelli.

0-4 c'est le score de la finale de l'Euro contre l'Espagne. On sentait bien au lourd silence qui s'installait dans le camping de Viù que ça s'annonçait pas très bien pour la Squadra Azzura... Au calme de la défaite succède ce soir là le tonnerre démentiel d'un violent orage. La météo capricieuse nous pousse à trouver (pour les jours qui suivent) un chemin optimal à flanc de coteaux (désolée mais faut avoir un diplome pour faire un accent circonflexe sur ce clavier) entre les cumulus menaçants du nord et la chaleur caniculaire de la plaine de Biella. A plusieurs reprises, les préaux de petites chapelles bien sympatiques nous servent de refuge pour dormir ou manger au sec.
Depuis la traversée de l'autoroute qui mène à Aoste, le temps s'améliore, le chemin est splendide et l'environnement de toute beauté. Nous avançons ainsi pendant 3 jours avec une vue imprenable sur toute la plaine vers le nord-est italien. Une partie de ce chemin qui nous a été conseillé par un cycliste de Bossola nous permet de découvrir l'impressionnante Basilique d'Oropa et le Piemonte Biellese que nous conseillons à tous les amateurs de vélo, moto, randonnée, ski de fond, cueillette (champignons, myrtilles, chataignes etc), bonne bouffe (formaggi di muca della zona et risotto d'asperges, miam), équitation ou parapente. Contactez nous, on vous donne des adresses !

Par ailleurs, notre italien progresse surtout quand il s'agit de contenter notre ventre. Les piemontais que nous croisons sont adorables, toujours curieux, souriants et serviables mais surtout très bavards ! ils nous font généreusement cadeau de tout un tas d'histoires que nous écoutons avec plaisir sans toujours en saisir les subtilités, ce qui n'a pas l'air de contrarier une seconde nos interlocuteurs volubiles...

vendredi 29 juin 2012

de Briancon (France) à Avigliana (Italıe) - Sentiero dei franchi



Nous quittons Briançon avec une légère appréhension: l'Italie nous attend et avec elle un certain nombre de nouvelles difficultés: notre italien est quasi inexistant (malgré les efforts de nos amis Tommaso et Giulia), nous n'avons repéré aucun sentier de grande randonnée et nous ne possédons aucune carte... Nous choisissons d'entrer en Italie par le col de l'échelle qui nous amène à Bardonecchia puis à la vallée di susa. celle-ci présente quelques particularités pas des plus attrayantes pour des marcheurs : elle est traversée par une autoroute et tout ce qui s'y adjoint (zone commerciale, péage, station service...). Heureusement, nous trouvons «il sentiero dei franchi» dont on a compris qu'il pourrait nous mener jusqu'à la célèbre église San Michele, avant Turin. Ce chemin en balcon, au dessus de la vallée, nous amène à traverser quelques très beaux villages. La situation n'en est, pas moins surréaliste: nous avançons dans les pins sur un petit sentier surplombant une artère pétaradante. Nous notons qu'il y a finalement moins de différences entre le Piémont italien et les Hautes Alpes qu'entre les différents départements français traversés jusqu à présent. Quelques différences notoires cependant : de magnifiques toits en lauze et un choix remarquable de produits frais du côté italien font de l'ombre à la tôle et au jambon sous vide des épiceries françaises. Côté voiture, la Fiat panda est au piémontais ce que la Renaud express est à l'Ardechois.
Nous avons toujours présumé que la marche était un moyen simple et efficace de rencontrer toute sorte d'êtres humains (et d'animaux). Plus nous avançons, plus cela se confirme. A Nevache, une dame aux yeux bleus vifs sur un fauteuil roulant s'invite à notre table de petit déjeuner en s'exclamant : «Vous, je sens que vous avez des choses intéressantes à me raconter!» S'ensuit une conversation de deux heures réellement enrichissante. A Villar Forcchiardo, une française nous paye le café tout en traduisant notre périple à notre hôte. Sur la route, un automobiliste s'arrête pour discuter rando sans se soucier de notre italien bancal.Enfin, à Menea di Susa, une mamie très fière de ses 83 ans, nous vante les bienfaits de la marche. on pense avoir compris qu elle menait tous les jours les vaches à l'alpage, 7km au dessus du village.
La chaleur moite qui s'accentue au fur et à mesure que l'on descend fait ressembler la vallée à un hammam géant et nous incite à faire une pause à Avigliana, ce qui nous permet d'aller visiter l'abbaye San  Michele.

jeudi 21 juin 2012

D'Agnières en Dévoluy à Briançon - Névés crousti-moelleux



A Noyer dans le Dévoluy nous croisons un gars qui s'est fait une spécialité de peindre des cadrans solaires à fresque. Depuis, nous prêtons attention lors de nos passages dans les villages à cet art vernaculaire très présent dans la région.
On avance dans les Hautes Alpes et, pour le coup, ce n'est pas la diversité des arbres mais bien celles des fleurs qui va nous impressionner et cela jusqu'à notre sortie du parc national des Ecrins où nous échouerons dans une réserve biologique de chardons bleus discrète mais splendide. Ainsi, en quelques jours nous aurons vu des myriades de myositis, des floppées d'anémones, des foultitudes de gentianes et de joubarbes, des brouettes de pensées sauvages, un bon paquet d'orchidées et quelques arnicas, sans parler des containers de fleurs non identifiées...
La traversée du massif des Ecrins, de ses névés crousti-moelleux et de ses "saloperies de caillasses merdiques" (du schiste) fut accompagnée d'une météo plus que favorable et nous a permis de bien en profiter, de fréquenter de près les marmottes et de faire quelques photos pour la frime...
A l'approche de Briançon nous avons traversé un petit village assez rustique mais charmant : Bouchiers. Quasi-inaccessible en voiture, il est une preuve que tout un tas de lieux éloignés des flux touristiques réservent leurs lots de surprises. Les architectures du coin combinent élégament la rusticité pyrénéenne et le confort savoyard. Le gîte dans lequel nous séjournons à Briançon en est un bel exemple. Les gérants sont aussi chaleureux que passionnant et l'ambiance générale du gîte (le petit phoque) s'en ressent.
Parmi les gens rencontrés ces derniers jours :
- Un guide de haute montagne retraité qui, à l'écoute de notre projet, s'emballe et nous cite Thomas Jefferson "Un peuple prêt à sacrifier un peu de liberté pour un peu de sécurité ne mérite ni l'une ni l'autre" puis peste contre la gestion calamiteuse du temps de nos concitoyens "Aujourd'hui les gens ont les RTT, les 35heures et internet mais jamais le temps de rien... remarque, à notre époque, dans les années 1980 ils avait trouvé le moyen d'inventer un ministère du temps libre !"
- Un barman quelque peu bourru au premier abord qui nous rejoindra dans le village une heure plus tard pour nous offrir contre toute attente une grosse miche de pain délicieuse qui nous fera un repas (et nous dépannera bien car nous étions en rade de ravitaillement).
- Un gérant de gîte cht'i amoureux de la montagne installé depuis quelques années à Briançon sur les traces de son grand père qui avait découvert la région pour soigner des problèmes respiratoires.

D'une manière générale, depuis le début de notre périple tous nos hôtes sont irréprochables : sympathiques, serviables, curieux, plein d'entrain et de bon sens. Tous nous expliquent (jamais en chouinant) à quel point ils luttent en continu contre les commissions de sécurité et services de contrôle en tous genre qui tendent à standardiser, normaliser, marketer et à terme aseptiser et déshumaniser  leur activité.
Qu'il s'agisse de campings familiaux, gîtes d'étapes, refuges ou chambres d'hôtes (on proscrit les hôtels dans la mesure du possible), les gérants ont en commun de résister pour préserver la singularité de leur activité dont le but est de générer bien d'autres choses que des profits... et nous, nous en tirons d'énormes bénéfices (culturels, humains, sociaux, gastronomiques...)

mercredi 20 juin 2012

La gym de Bardinet



Au fait, tant qu'on a une connexion internet pas trop foireuse, un petit bonus qui date des Cévennes concernant Benjamin !

De Saillans à Agnières en Dévoluy - Odorama



Après ces deux jours de pause, on avance dans la Drôme et plus précisément dans le Diois puis le Dévoluy via les gorges du Gats. On longe le sud du Vercors, le massif du Glandasse et ses impressionantes falaises. En marchant on se dit qu'on apprend tout un tas de choses, entre autre que les scarabés malgré leur carosserie aussi rutilante qu'une voiture repeinte du 9.3. ne sont que de vulgaires mouche à merde, que les pins sylvestres ne sont bons qu'à faire du bois déchiqueté (triste destinée) et aussi qu'après un mois le dos transpirant collé à son sac à dos on produit une drôle d'odeur qui ressemble à s'y méprendre à celle du vinaigre de cidre. Heureusement, en terme d'odeurs nous ne profitons pas seulement de celle que nous générons: depuis plusieurs jours l'action conjointe du soleil et de la pluie a décuplé les senteurs qui se dégagent de notre environnement, c'est un plaisir pour les narines. La marche est vraiment une façon géniale de s'imprégner du paysage et de le laisser s'infuser en nous.
On est également épaté par la diversité des arbres qui peuplent les forêts drômoises: pins sylvestres, hêtres, noisetiers, noyers, chênes, pins à crochets, acacias, sapins... Ceci donne des variétés de verts extrêmement subtiles; on se dit qu'il faut revenir à l'automne, ça doit être un véritable feu d'artifice.
Nous sortons de la Drôme via le col des aiguilles qui nous révèle une vallée verdoyante à l'herbe rase et piquante dans laquelle s'écoule un petit ruisseau suplombé d'impressionnantes roches striées dans laquelle des chamois s'éclatent en dévalant les pentes (1km de dénivelé en 15 minutes). Ce col se trouve être encore une fois une belle frontière départementale avec les Hautes Alpes dont nous causerons dans le prochain message.

NB : pour 100 pas de Benjamin, Tleytmess fait 125 pas. Et en bonus un extrait d'une discussion entendue au bar de Chatillon en Diois : "Ah ça ! Pour se pavaner au bistrôt celui-là, champion du monde ! Par contre quand il s'agit d'aller au charbon ya plus personne !"

vendredi 8 juin 2012

De Génolhac à Saillans - İdentités départementales


Quelques traces de conditionnement à la vie urbaine et réflexes Pavloviens persistent. Dès qu'un coucou ou une grenouille ouvre la bouche nous scrutons notre téléphone en attente d'un SMS ... Tapis d'épines oranges et ardoises argentées s'alternent sous nos pieds, les étapes sont longues et les journées sont chaudes. De nombreux arbres fruitiers se trouvent sur le chemin et nous ne nous privons pas de manger des cerises à gogo (les figues n'étant pas encore mûres). On s'amuse de constater que les frontières administratives des départements français correspondent bien à des réalités géographiques et socio-culturelles. La Lozère, ses roches granitiques, ses chasseurs et son nombre dérisoire d'habitants au mètre carré, le Gard, ses pins maritimes, ses cigales et ses 25% d'électeurs FN, l'Ardèche, ses gorges, sa crème de marron et ses réfractaires au gaz de schiste (signifié sur à peu près toutes les voitures), la Drôme enfin, ses abricotiers, ses tartes aux noix et ses centrales nucléaires. Parmi les situations cocasses nous évoquerons une cabane providentielle apparue sur notre chemin au beau milieu de la forêt à la tombée de la nuit (la tente étant alors encore cassée), un scorpion dans le sac de Tleytmess, une chambre d'hôte ravissante à quelques pas de la Nationale 7 et de l'autoroute du soleil, une scène de sexe chevaline des plus torride dans la prairie au petit matin. Nous profitons de la chaleur caniculaire pour faire une pause sportive et rafraichissante dans les gorges de l'Ardèche à Vallon Pont d'Arc non loin de la célèbre grotte de Chauvet. Nous sommes désormais entrés dans la Drôme et nous montons à nouveau lentement en altitude pour approcher les Hautes Alpes. Plusieurs très belles étapes nous font découvrir les villages de Dieulefit, Bourdeaux et Saillans où il ne nous déplairait pas d'habiter un jour... On profite de ce passage dans la Drôme pour faire une pause : - Aller-retour express à Paris pour Benjamin qui doit aller chercher son passeport... - Visite à Michèle puis Tristan et Haylee dont la délicieuse compagnie n'a rien à envier aux dîners qu'ils nous préparent (gratins de ravioles aux courgettes chez Michèle et recette d'inspiration asiatiques soufflée par Jamie Oliver chez Haylee et Tristan).