Depuis la Slovenie nous nous sommes mis a collecter quelques sons que nous avions envie de partager. En voici une petite selection a ecouter, que vous pourrez retrouver dans les posts correspondants.
> Dans un camping, en Slovenie, un Tcheque chante Folsom Prison de Johnny Cash dans sa langue :
> A Jajce, Bosnie et Herzegovine, Benjamin se fait couper les cheveux chez un vieux coiffeur qui ecoute une radio folklorique :
> A Jajce toujours, l'appel a la priere du Muezzin se mele au chant des oiseaux :
> A Sarajevo, au restaurant Kibe, deux vieux musiciens chantent a notre table :
> Sur l'ile de Lokrum, en face de Dubrovnik en Croatie, un groupe de personnes pic nique chante joyeusement :
> Dans un restaurant de Mostar, Benjamin se renseigne sur la musique qui passe, il s'agit d'Indexi, un groupe d'ex-Yougoslavie. Face a notre enthousiasme, le patron nous offre le disque.
Créée en 2011, l’association "ça marche" cherche à sensibiliser aux intérêts culturels, physiques et intellectuels de la marche et à soutenir des projets d’exploration pédestre. De mai 2012 à Juin 2013, ce blog a hébergé le carnet de route de Tleytmess Saidi-Clément et Benjamin Bardinet en marche vers Istanbul. Vous pouvez nous contacter à l'adresse suivante : camarche93@gmail.com
dimanche 7 octobre 2012
De Mostar (BiH) à Dubrovnik (Croatie) - Cuisine bosnienne et retrouvailles
Nous profitons de notre pause à Mostar pour nous rendre à Blagaj, une petite commune des environs où se trouve la maison des derviches et surtout une maison musée ottomane récemment ouverte par Semir. Après une visite passionante dans un français parfait (il a étudié dans la Drome pendant la guerre), il nous offre un café et nous prolongeons la discussion dans le patio de la maison, un petit havre de paix. Semir est très optimiste quant à l'avenir de son pays, beaucoup de jeunes ont profité de la guerre pour partir (apprendre d'autres langues, se confronter à d'autres cultures, se former etc...), ils sont maintenant de retour avec de l'energie à revendre pour mener des projets en Bosnie. Il nous fait aussi gentiment comprendre qu'il y a des subtilités moins évidentes que la classification Serbe = Orthodoxe, Bosniaque = Musulman et Croate = Catholique. Ce n'est toutefois pas l'impression que nous aurons lors de nos derniers jours en Bosnie.
Nous traversons le sud de l'Herzegovine ( à dominante croate), passons à quelques kilomètres de Medugorje (le Lourdes local) et arrivons pour notre première nuit après Mostar, dans un village où se trouve un monastère. On rêve d'un accueil chaleureux digne de celui réservé aux pèlerins dans les meilleurs récits bibliques. Les deux premiers habitants auxquels nous nous adressons pour trouver un emplacement nous indiquent des endroits parfaitement impraticables, le troisième, un jeune arrosant ses fleurs, a pour seule réponse qu'il va faire froid et désigne vaguement l'endroit d'oy l'on vient pour nous faire comprendre que «par là» ça doit se trouver. C'est finalement une famille en plein atelier confection de crucifix (il y en a une vingtaine taillés grossièrement dans du bois qui pendent de la pergola) qui accepte sans grand enthousiasme que nous mettions la tente dans le pré qui leur appartient. Le lendemain, tandis que l'on démonte la tente, la mère nous observe du perron de sa maison: «dovidenja, dovidenja» (aurevoir). Le lendemain, dans une vallée truffée d'églises ce sera le même scénario. A l'évidence ce n'est pas ceux qui affichent le plus clairement leurs convictions qui en appliquent au mieux certains préceptes...
Si notre entrée en Bosnie fut accompagner par le chant des muezzins, notre sortie se fait au son des cloches. Nous sommes ici en terre catholique et croate. Au rétro des voitures se balancent des chapelets (une auto sur deux, on a compté !), et au fronton des mairies des drapeaux croates, quand aux indications en cyrillique elles sont systématiquement vandalisées.
A réfléchir à ce qui pourrait fédérer les Bosniens au delà des différentes appartenances, nous avons tout de suite pensé à la gastronomie. Cevapi (petites saucisses sautées servies dans une pita avec oignons crus et fromage frais) et bureks (feuilletés fourrés à la viande) sont inévitables sur l'intégralité du territoire. Et tant qu'on y est, et comme promis causons bouffe:
Nous avons découvert en Bosnie;
- Klepe de Sarajevo (raviolis farcis à l'oignon dans une sorte de crème fraîche épaisse)
- Japrak (feuilles de vigne farcies)
- Dolma (petits légumes farcis avec du riz)
- Boza (boisson d'Asie centrale au germe de blé)
- Pstrmka (truite grillée en rayon ds toutes les bonnes rivières bosniaques)
- Tufahija (poire au sirop fourrées aux noix)
- Et tout un tas de viandes grillées, rôties et en sauce cuites à la perfection.
Nous sommes maintenant de retour en Croatie, et même si les paysages rappellent ceux que nous avions traversé il y a un mois (en moins sec), le sentiment national et l'appartenance religieuse sont beaucoup plus affirmés ici. Croix et drapeaux ont clairement la même fonction: marquer le territoire. Nous voyons régulièrement des gens se signer avant de monter dans leur voiture. Vu le nombre de plaques commémoratives qui ornent le bord des routes, on pense qu'ils feraient mieux d'attacher leur ceinture plutôt que de s'en remettre à dieu.
Tout ceci nous amène à nous faire une idée un peu caricaturale des croates catholiques de la région. Heureusement l'accueil sympathique qui nous est réservé à Mislina vient briser notre schéma simpliste. Après s'être fait offrir deux verres de rakja par une famille mixte serbo-croate à l'entrée du village nous tombons sur Stana et Petar à qui l'on s'adresse en vue de trouver un emplacement pour la tente (entre les zones marécageuses, les flancs de montagnes caillouteux et les cultures, ce n'est pas évident). Stana prend Tleytmess par le bras, la fait montrer à l'étage de sa maison pour lui montrer une chambre toute neuve: elle nous invite. Pendant ce temps Benjamin s'est fait kidnapper par Petar et boit un coup dans le salon. Stana embarque ensuite Tleytmess pour une petite visite du village et de sa collection de napperons. On comprend vite qu'il y a les affaires de femmes et celles des hommes (et ça aussi d'ailleurs c'est un point qui uni croates, bosniaques et serbes, et pas seulement chez l'ancienne génération).
Comme lorsque nous longions la partie nord de la côte croate avant d'entrer en Bosnie, nous tentons de rester à distance du bord de mer, de la route côtière, de ses bus, de ses camions, de ses camping car, mais aussi de ses cyclistes dont on aimerait comprendre le choix de l'itinéraire. Probablement vont ils encore un peu trop vite pour prendre le temps de réfléchir à un parcours plus judicieux. En effet, les alternatives en hauteur offrent non seulement une vue splendide sur la mer et les îles, mais également la possibilité de découvrir de petites vallées luxuriantes. Vignes, figuiers, mandariniers, grenadiers, poussent dans cet environnement calme et paisible. De temps en temps on entend tinter une coche, c'est une chèvre où une vache planquée à l'ombre des broussailles.
C'est une autre ambiance qui nous attend à Dubrovnik où des hordes de touristes arpentent le rue principale. Mais comme d'habitude, quelques pas dans les rues adjacentes et on se retrouve seul, où plutôt en famille, puisque la mère, la tante et la soeur de Tleytmess sont venues nous rendre visite.
En bonus pour les oreilles :
Sur l'ile de Lokrum, en face de Dubrovnik en Croatie, un groupe de personnes pic nique chante joyeusement :
mercredi 26 septembre 2012
De Jajce à Mostar - Humour croato-bosniaque
Après avoir visité jajce sous la pluie et envoyé Benjamin chez un frizerski (coiffeur)qui pourrait faire fortune s'il s'installait chez les bobo-rétros du marais, nous reprenons notre route en direction de Mostar, le long des rives de la Vrbas.
Entre 2 passages de bus eurolines s'impose une quiétude toute campagnarde. les villageois s'affairent à moultes activités de saison: cueillette de pommes, ramassage de choux et de patates, abattage de bois pour l'hiver et confection de marmelade cuite au chaudron. Toutes ces scènes qui passent inaperçues aux yeux des automobilistes nous laissent rêveurs et un brin envieux de certains savoir-faire fondamentaux qu'on n'apprend pas en fac d'histoire de l'art. Finalement, nous qui aspirons à une vie simple, nous en sommes encore loin. Quoi que nous sommes assez fiers d'être récemment parvenus à faire nos pâtes au feu de bois... un pas de plus vers l'autonomie !
Lors d'un pic-nic au bord de la Vrbas, 2 petits chenapants d'une huitaine d'années, quelque peu désoeuvrés, nous tiennent compagnie. Tleytmess leur montre l'usage des bâtons, ça les amuse beaucoup. Un moment d'inattention et ils nous chippent notre sac poubelle et le jettent à la rivière malgré nos protestations. On comprend mieux pourquoi les cours d'eau sont jonchés de déchets dans leurs moindres méandres. En même temps on ne peut pas trop leur en vouloir, dans les villages il n'y a pas de ramassage des ordures (il faut parfois faire plus de 40km pour aller les déposer), et quand il y en a on est en droit de se demander ce qu ils en font : les nombreuses décharges que nous croisons en pleine nature semblent bien organisées... Enfin, tous comptes faits, vu le peu d'industries et leur niveau de vie, les Bosniens peuvent encore balancer pas mal de sacs plastiques dans la nature avant de parvenir au bilan carbone d'un français moyen.
Huit degrés celsius dans la vue, des figuiers, des grenadiers, des reliefs nettement plus prononcés et des flopées de crucifix accompagnent notre entrée en Herzegovine, dernier kanton bosniaque que nous traversons. En plus de son climat méditerranéen, celui-ci a la particularité de regrouper une bonne partie des Croates catholiques de Bosnie. A Prozor, premier village sur lequel nous tombons après notre entrée dans ce kanton, nous sommes frappés par la présence cumulée de croix sur les montagnes alentours, de crucifix sur les façades des maisons, de chapelets aux rétroviseurs des voitures... Quant à la famille qui gentiment nous invite à déguster un burek maison, elle se signe avant de passer à table.
Ainsi, à mesure que nous progressons en Bosnie, nous comprenons qu'au-delà du découpage régional il y a souvent des dominantes communautaires propres à chaque municipalité. Comme nous l'explique un habitant de Gornji Vakuf qui parle très bien français (son père a enseigné à l'universite du Mirail à toulouse pendant la guerre), sa ville est scindée en deux quartiers : « la rue principale ici c'est le mur de Berlin invisible. »
Heureusement ce n'est pas le cas partout, à l'approche de Mostar, nous sommes accueillis par une famille croate catholique adorable qui vit en bonne entente avec ses voisins serbes et musulmans. Le soir, autour de truites fraîchement pêchées, d'alcool de raisins et de jus de cerises maison, ils nous balancent quelques bonnes répliques qu'on vous livre ici sans détours :
« ici, tout le monde s'entend bien tant qu'il n'y a pas la guerre.»
«Pour faire court, à Mostar, au début de la guerre c'était les Croates et les Musulmans contre les Serbes, puis, quand ces derniers se sont retirés, il fallait trouver un ennemi alors les Croates et les Musulmans se sont mis sur la gueule.»
« Ici tout le monde produit son alcool maison (rakia, Benjamin connaît bien), en Croatie aussi, alors ils sont bien emmerdés parce qu'avec l'entrée dans l'UE et l'application des lois européennes ce sera interdit.»
«Quand l'équipe de foot de Bosnie joue contre la Croatie, en tant que Croate de Bosnie on ne sait pas trop qui soutenir.»
«les vieilles personnes sont souvent nostalgiques de l'époque de Tito, elles se trompent, elles sont justes nostalgiques de leur jeunesse.» Ces discussions avec les locaux alimentent les nôtres en chemin. On compte bien se plonger dans quelques bouquins sur le sujet à notre retour pour approfondir ces problématiques, aussi complexes, bêtes et méchantes qu'une guerre peut l'être.
PS: Ah oui dernière anecdote au sujet des rapports Croates/Musulmans a Mostar. Nous avons eu du mal a trouver la poste centrale puisque chaque communauté considère que la sienne est la principale sans même evoquer la présence d'une deuxieme poste toute aussi importante... Donc pour aller chercher un colis en poste restante ça peut être un peu compliqué. La ville est clairement divisée en deux partie: l'une catholique (croate donc) et l'autre musulmane (bosniaque).
En bonus pour les oreilles:
> A Jajce, Benjamin se fait couper les cheveux chez un vieux coiffeur qui ecoute une radio folklorique :
> A Jajce toujours, l'appel a la priere du Muezzin se mele au chant des oiseaux :
mercredi 19 septembre 2012
un crochet à Sarajevo
On profite de l'annonce de trois jours de temps foireux pour sauter dans un bus et aller visiter Sarajevo qui n' est pas prévu sur notre trajet pédestre. Nous avons adoré. Chaque bâtiment, chaque coin de rue témoigne modestement de l'histoire alambiquée et de la macédoine culturelle dont cette ville est le résultat et sur lequel nous n'allons pas risquer de nous attarder ici. Pour en parler il faudrait y habiter depuis longtemps comme c'est le cas de claire et pierre dont une amie nous a donné le contact. Les discussions que nous avons avec eux, en plus d'être bien sympathiques, nous éclairent sur quelques points :
- comment commander un café allongé : produjžena (littéralement: de gonzesse)
- la différence entre bosnien (habitant de bosnie) et bosniaque (musulman de bosnie)
- L' alternance de trois présidents (croate, serbe, bosniaque) à la tête de la Bosnie
- et enfin quelques infos sur la municipalité de Sarajevo qui est dirigée par des musulmans modérés qui luttent, entre autres choses, contre l'implantation d'Imams radicaux parachutés par les Émirats en échange de la retape des mosqués et de la construction d'écoles. Ainsi, à grands coups de dollars, les fondamentalistes comptent bien remettre les musulmans de bosnie dans le droit chemin de l'intégrisme. vue l'addiction à l'alcool et à la clope de ces derniers, on leur souhaite bien du courage et on espère bien que l'islam modéré et tolérant propre à la Bosnie se maintiendra.
Enfin, cette amie qui a habité à Sarajevo nous conseille un restaurant imparable que nous conseillons à notre tour : Kibe. La vue, la déco, la musique, le service sont impeccables, quant à la nourriture, délicieuse et raffinée, elle est la preuve que les bosniens savent cuisiner autres choses que des bureks. on fera un point recap sur la gastronomie locale à l'occasion de notre sortie du pays, on a découvert plein de trucs supers et là encore c'est dans ce domaine que notre vocabulaire s'est le plus enrichi.
En bonus pour les oreilles :
Au restaurant Kibe, deux vieux musiciens chantent a notre table :
vendredi 14 septembre 2012
De Bihać a Jajce - Buffalo Bill musulman
Trois jours de repos a Bihać permettent a Benjamin de se remettre de ses tracas intestinaux. Nous en profitons pour nous renseigner sur le Parc National Una que nous comptons traverser. Ce parc a été tout récemment créé, la saison s'acheve, aussi nous sommes les seuls touristes. Le calme ahurissant et le temps brumeux confèrent à l'endroit une atmosphere bien particuliere qui nous fait penser au film Stalker de Tarkovsky. Nous marchons le long de la rivière Una, frontière naturelle croato-bosniaque, sur l'autre rive file la ligne desaffectée de l'ancien chemin de fer qui reliait Stuttgart à Splitt au temps de la Yougoslavie. Nous passons deux nuits dans le parc. La première chez Šefik qui, face au developpement (modeste) du tourisme lié à la création du parc, accueille volontiers les campeurs au milieu de ses pruniers. La seconde à Martin Brod où les seuls autres campeurs sont un sympathique couple de savoyards. Nous visitons les chutes d'eau ensemble et ils nous invitent très spontanement à diner avec eux. Catherine et Bernard improvisent leurs vacances en camping-car en privilégiant les espaces discrets et peu frequentés. Cette approche libre et decontractée du tourisme nous parle evidemment.Bernard, alors qu'il avait notre âge, est parti un an au Guatemala faire de la spéléo et découvrir tout un tas de lieux incroyables (rivière souterraine, cité oubliée et peintures rupestres). Catherine agrémente cette discussion d'une délicieuse tomme crayeuse et d'une infusion de vulnéraire (cueillie par leurs soins dans le massif de la chartreuse) qui mettra un terme aux problèmes gastriques de Benjamin.
Parmi les quelques Francais que nous avons croisés depuis notre départ :
- Bastien, (rencontré dans un camping en Lombardie) fait un Aller/retour a Istambul à vélo depuis Briancon
- Yaya le Breton (rencontré dans un bar perdu avant la douane bosnienne) revient de Turquie en stop apres s'y être rendu en vélo le long du Danube
- Stéphanie Maillard que nous ne pouvons qu'imaginer après avoir lu son adresse sur un petit papier conservé précieusement par une mamie dans un village bosniaque. On a cru comprendre qu'elle traversait la Bosnie à cheval
Arrivés à Drvar, après maintes hésitations, nous décidons de remonter vers le nord pour récupérer la route principale qui mene à Mostar. Pas que nous apprécions spécialement la compagnie des voitures, mais la présence des mines nous contraint de toutes facons à rester sur les routes, et la Bosnie étant à peu près aussi densément peuplée que la Lozère, le ravitaillement se serait avéré compliqué, voire impossible en empruntant les routes secondaires.
Cette décision prise, nous devons refaire en sens inverse 5 km que nous avons fait la veille. Nous nous autorisons alors un peu de stop. C'est une 4L bringuebalante qui finit par s'arrêter. Le papi qui la conduit fume comme un pompier, braille tout un tas de trucs en bosniaque dont nous ne saisissons que des bribes, et sort de sa boite à gants une fiole de gnole qui réveille l'estomac de Benjamin dès 9h du matin. Vers midi, c'est Bernard et Catherine, les francais de Martin Brod, qui nous doublent dans la montée et nous attendent au tournant. L'invitation pour un thé se termine en repas...etc...etc
Deux jours plus tard, alors que nous passons devant le cimetière de Kapljuh où des types sont en train de creuser une tombe, l'un d'entre eux descend énergiquement à notre rencontre. Il bricole un mini bar au cul de sa voiture, au programme: bières, cigarettes et alcool de prune, il est 11h du matin ! Millo est agité, curieux et avide de conversation. Frustrés par la barrière de la langue, nous ne tardons pas à sortir nos carnets qui comportent des dessins et surtout une traduction en bosniaque des motivations de notre voyage à pied. Il est ravi de nous lire. Alors que nous regardons la carte et que nous énumérons les pays que nous comptons traverser, il corrige lorsque nous nommons le Kosovo par la Serbie. Ok... Il est lui même Serbe orthodoxe et nous fait un bref résumé du découpage des Balkans et des tendances identitaires et religieuses de chacune de ses régions. Nous le quittons après avoir tenté de refuser à plusieurs reprises qu'il remplisse l'une de nos gourdes d'alcool de prune, en vain...
Quelques kms plus loin, après avoir vidé la prune dans un fosse (on ne pouvait pas raisonnablement s'enfiler 1 demi litre de gnole a 10h du mat) nous demandons de l'eau à un adorable couple de petits vieux qui nous invitent aussitot à nous asseoir. Un café turc et un sirop de citron plus tard c'est notre ami Millo qui surgit comme par magie de derrière la maison. Après s'être décapsulé une nouvelle bière, il nous explique en riant que nous sommes chez son oncle et sa tante. Ces derniers nous proposent de dormir chez eux. Il est encore tôt et nous expliquons que nous envisageons de marcher jusqu'à Bravsko. "la ville des terroristes" selon Millo qui s'empresse d'ajouter que le village suivant n'est pas mieux car en plus des terroristes il abrite de dangereux criminels. Il a le sourire aux lèvres, l'humour douteux et plus de 3g d'alcool dans le sang, nous ne le prenons pas au sérieux et nous avons bien raison car les aimables personnes qui nous indiquent un endroit où poser notre tente à Bravsko n'ont pas l'air bien méchantes mais plutot de sortir tout droit d'un film de Kusturica.
Les paysages de cette partie de la Bosnie sont incroyablement paisibles, d'un calme qui semble immuable, comment imaginer la guerre ici ? Des prairies amandes creusées de dolines d'un vert chatoyant, des pruniers de ci de là, quelques sapins, une vache...
La route est finalement assez calme, nous pensons avoir fait le bon choix. Sur notre chemin, Ivan et Dragana nous invitent dans leur jardin à boire un jus de prune. Nous baragouinons quelques questions en bosniaque sur leurs activites agricoles, leur élevage, leur production de fromage; ils nous en offrent une pleine assiette et une demi tomme à mettre dans notre sac. Le mari a l'air un peu triste et renfrogné alors que sa femme virevolte en tous sens avec le sourire. Il en profite pour lui donner toutes sortes d'instructions: "Offre leurs du fromage", "va chercher mes lunettes", "détache le chien". Bref, elle est en activité permanente, il ne faudra pas s'étonner si à terme elle vit 20 ans de plus que lui...Dans la série accueil paysan, deux jours plus tard, nous nous faisons cueillir à la sortie de la tente par un couple d'agriculteurs qui, après nous avoir offert un café bosniaque, nous fait cadeau d'un bon morceau de viande fumée. Le mari qui a travaillé en Autriche pendant 20 ans ne cessera de dire a Benjamin qu'il ne pige rien à l'allemand. Il faut préciser qu'il avait un foutu accent autrichien et un débit de parole pas pique des hannetons.
En approchant de Jajce et de ses lacs, les reliefs s'intensifient tandis que les forêts s'epaississent. Les montagnes ont des allures de gros nounours poilus. Dans le bar-cahute de Jezero, Rusmir et Biljana déconnent joyeusement alors que nous cherchons un coin ou camper. Rusmir nous interpelle tout de suite en allemand et nous offre un verre. Nous passons la soirée avec eux, leur compagnie est réjouissante d'autant plus qu'ils saisissent assez finement les motivations et les bénéfices de notre projet. Rusmir nous complimente sur notre choix de vie: "Vous avez compris a 30 ans, ce que beaucoup de gens ne comprennent qu'à la fin de leur vie: l'essentiel est de prendre son temps et de vivre simplement". On lui rappelle que malheureusement ce mode de vie a un terme pour nous. Comme beaucoup de Bosniaques avec qui nous avons échangé, Rusmir est parti travailler à l'etranger avant de revenir passer sa retraite ici. Il a été camionneur pour une compagnie de transports suisse pendant 20 ans. Ce musulman aux allures de Buffalo Bill a roulé sa bosse à travers toute l'Europe et compte bien nous faire découvrir les merveilles de sa ville: "De toute facon avec la pluie qui va tomber demain, vous ne risquez pas de marcher les enfants". Le lendemain matin des 8h il est au rendez-vous et nous embarque sous la pluie battante dans sa voiture pour nous faire découvrir, sa maison retapée par ses soins, sa collection de chiens (Golden retriever et St Bernard), son verger (pour le fameux alcool de prune), un point de vue imprenable sur le lac et les fameuses cascades de Jajce.
lundi 3 septembre 2012
De Klevonica (Croatie) à Bihac (BiH) - Grand coup de Bura
C'est une riche idée que nous avons eu de nous arrêter à Klevonica. Le deuxième jour, après une séance de dos crawlé dans la mer au petit matin, un orage éclate, suivi d'un vent à décorner les cocus. Après une discussion avec notre très sympathique logeuse nous apprenons :
- Que ce vent violent s'appelle la Bura, qu'il vient du nord, apporte de la fraîcheur et du beau temps. On comprend mieux pourquoi ici les tuiles sont collées avec du plâtre.
- Que la crique par laquelle nous sommes arrivés à pieds bénéficie d'un apport continue d'eau potable qui descend des montagnes. Cela explique la fine couche
d'eau fraîche que nous sentions en surface lors de nos baignades.
Le lendemain, la Bura a bien fait son boulot : la visibilité est excellente. Cela tombe bien puisque nous empruntons une petite piste qui nous monte en altitude et nous fera bénéficier d'une vue panoramique sur la côte. Pas un village sur notre chemin, encore moins de voitures. Le calme est sidérant. Nous évoluons sur des collines d'herbes rases parsemées de sapins. Les masses rocheuses ocres des îles se découpent sur un mer encre qui scintille de mille reflets.
Passé le col de Vratnik, nous basculons dans une ambiance champêtre surannée.
De vieilles granges bardées de bois et entourées de fragiles clôtures sont dispersées dans la rase campagne. Des poteaux téléphoniques grossièrement taillés longent la route qui sinue insensiblement entre les collines et les champs de patates. La famille Ingalls n'est pas loin. Nous arrivons dans la petite ville d'Otocac fatigués mais bien décidés à trouver un emplacement pour la tente. Après deux tentatives infructueuses (notre croate est assez incompréhensible sans doute), nous tombons sur Krešimir, un prof d'école élémentaire, guide touristique, assez sportif (escalade et randonnée) et très sympathique. Il nous accueille dans son jardin entre le potager, le poulailler et quelques arbres fruitiers. Krešimir est très à l'écoute, nous échangeons sur la pratique de la marche et de l'escalade. Après avoir jeté un coup d'oeil sur notre carte il nous donne quelques conseils parmi lesquel celui de ne pas sortir des routes. Ici la guerre a fait des ravages et certaines zones sont encore minées. Le lendemain matin, au décollage, en rangeant ses affaires, Tleytmess se coince un nerf en bas du dos. On saute sur cette défaillance pour prendre une chambre à la déco rétro-classieuse et au prix modique, ça tombe bien cette ville nous plaît bien. En se baladant dans le centre, on comprend vite que l'ambiance y était certainement moins paisible il y a 20 ans quand les balles ont impactées les façades de la plupart des maisons. La guerre reste pour nous très abstraite, ici les murs en portent la mémoire, les gens aussi certainement. A la sortie du village de Babin Potoc, les montagnes se font plus hautes et se couvrent de sapins d'un vert intense, l'air est humide, nous approchons du parc de Plitvice et de ses célèbres lacs et cascades en escaliers. Nous y accédons par un chemin qui nous propulse directement au coeur de ce bouillonnement touristique sans même que nous aillons à passer par la billetterie. Le site est effectivement sublime et très bien aménagé, mais, une fois de plus, avec nos sacs, le déplacement est parfois fastidieux et éreintant.
Après une journée bloqués par une pluie torrentielle (des inondations a travers toute la Croatie) à côté de Plitvice, nous passons la frontière bosniaque et basculons dans une nouvelle ambiance. Minaret, appels à la priere et barbecues accompagnent notre avancée vers Bihać où nous allons faire une pause pour préparer notre traversée de la Bosnie. Au cours de notre avancée, nous nous faisons la réflexion que la diversité architecturale piémontaise semble bien timide comparée au grand n'importe quoi bosniaque ... cabanes en bois côtoient pavillons de nouveaux riches, maisons en briques, lotissements, balustrades néo-classiques en stock, façades rose shamalow avec toiture vert petit pois... et on en passe.
mercredi 29 août 2012
de Miramare (Italie) à Klevonica (Croatie) - Dynamique de la précarité volontaire
Après 3 jours de vie luxueuse dans les dortoirs et les douches partagées de l'auberge de jeunesse de Miramare (à l'ouest de Trieste), nous nous replongeons mollement dans ce qu'on appelle parfois "notre dynamique de la précarité volontaire". Pour précision, c'est ce qui nous fait bouger depuis le début. Nous n'avons aucune attache, nous ne pouvons laisser la tente nulle part (à moins que ce soit un camping mais cela fait vite dépasser notre budget). Bref la solution est d'avancer, sac sur le dos avec toutes nous affaires. Cette année nous coute moins cher si nous marchons que si nous restons sur place.
Suite à un chargement de parcours, nous ne passons finalement que deux jours en Slovenie dont l'un assez éprouvant le long d'une nationale qui mène à Rijeka des flopées de touristes allemands et autrichiens qui s'apprêtent à tremper leur cul dans l'Adriatique. Les paysages de l'extrême sud-ouest du pays sont tes bucoliques et nous laissent rêveurs. Malgré le peu de temps passé sur le territoire, nous avons et, à l'occasion des différentes rencontres, la chance de déguster quelques spécialités :
- Au camping de Školfje, la patronne nous prépare une délicieuse soupe au lard (le jota) et de petits roulés de pomme de terre au épinards et à l'ail (des štruklji). - A Prem, spontanément invités par ma famille Gardelin (alors qu'on s'apprête à faire la sieste non loin de chez eux), nous découvrons le chou fermenté, spécialité de le région. Le père qui parle un très bon français, nous fait visiter la maison dont la décoration évoque à Benjamin les intérieurs Moldaves (ou syldaves) de Tintin et le sceptre d'Ottokar.
- Enfin, à l'hôtel Kocanija, (devant lequel nous ne faisons que passer) la patronne nous invite instantanément et de manière assez directive à nous asseoir et nous apporte un petit déjeuner gargantuesque: oeufs, bacon, poivrons cuits au vinaigre, radis, cafés, coca. Elle nous propose aussi de passer une nuit à l'hôtel. Il n'est que 9h du matin, nous déclinons et repartons quelque peu stupéfaits et abasourdis par ce geste gratuit de la part d'un commerçant qui normalement vend ce même service.
Le long d'un sentier Slovène qui nous mène à le frontière croate, tandis que nous redoutons l'apparition d'un ours, c'est finalement deux douaniers qui surgissent d'un bosquet et nous font gentiment comprendre que le chemin que nous voulons emprunter pour entrer en Croatie nous coûterait la bagatelle de 100 euros d'amende. Nous sommes donc contraints de faire un crochet de 5km pour rejoindre le passage officiel; ce qui nous vaut une des scène les plus burlesque du voyage à la douane : nous deux, sac sur le dos, dans la file d'attente des voitures entre un camping car néerlandais et une BMW allemande.
Le basculement sur le territoire croate nous plonge dans un environnement aride et pierreux qui nous pousse à s'adresser aux habitants pour avoir suffisamment d'eau et savoir où poser notre tente. C'est comme ça que nous rencontrons Šefik qui possède à la sortie du village de Škalnica un immense terrain envahie par des carcasses de camions et autres épaves de voitures. Il accepte tout de suite de nous laisser poser notre tente chez lui et viendra même nous indiquer un endroit plus confortable avec un accès à l'eau. A la nuit tombée, il nous invite sur sa terrasse à boire une bière et un jus de cerises maison. Nous discutons dans un mélange d'italien limité et d'allemand bancal. Abordant finalement certains sujets politiques plus complexes (entre autres la situation actuelle des pays de l'ex-Yougoslavie), Šefik à l' idée de faire usage de google traduction pour palier à nos déficiences linguistiques. Les limites du moteur de traduction et le sens de l'humour dont Šefik fait preuve dans ses tournures de phrase déclenchent quelques fou rire. Le lendemain au petit déjeuner, alors qu'on lui fait remarquer que son potager est resplendissant, il nous explique que ce ne fut pas facile. Chaque cm de terre se gagne à coup de pioche contre un sol truffé de pierres. S'ajoute à cela une sécheresse qui dure depuis 4 mois dont la famille d'agriculteurs slovènes de Prem nous avait déjà parlé concernant leur production de choux blancs. Les paysages dans lesquels nous avançons les jours suivants en sont marqués. Les arbres sont secs et virent au rouge et le jaune lumineux des champs pelés est ponctué de chardons bleus.
Un soir, alors que nous venons d'installer la tente, un jeune berger et son troupeau passent près de nous. La scène est magique. Après une journée de chaleur étouffante, le jour décline doucement. Pas un souffle de vent. Seuls les cloches et le bruissement des feuilles sèches que mâchent les chèvres viennent rompre le silence. Le troupeau progresse très lentement entre les herbes rases et les murets de pierres d'un pâturage parsemé de chênes tortueux. L'atmosphère pastorale méditerranéenne de cette scène évoque à nos esprits la Palestine du petit Jésus. Après une semaine passée en hauteur (avec des vues imprenables sur la mer et les îles dalmates), à distance raisonnable des plages et de l'activité balnéaire qui s'y déploie, nous nous décidons enfin à tremper un pied dans l'eau après avoir judicieusement choisi un village de taille raisonnable pour faire une pause: Klevonica.
Suite à un chargement de parcours, nous ne passons finalement que deux jours en Slovenie dont l'un assez éprouvant le long d'une nationale qui mène à Rijeka des flopées de touristes allemands et autrichiens qui s'apprêtent à tremper leur cul dans l'Adriatique. Les paysages de l'extrême sud-ouest du pays sont tes bucoliques et nous laissent rêveurs. Malgré le peu de temps passé sur le territoire, nous avons et, à l'occasion des différentes rencontres, la chance de déguster quelques spécialités :
- Au camping de Školfje, la patronne nous prépare une délicieuse soupe au lard (le jota) et de petits roulés de pomme de terre au épinards et à l'ail (des štruklji). - A Prem, spontanément invités par ma famille Gardelin (alors qu'on s'apprête à faire la sieste non loin de chez eux), nous découvrons le chou fermenté, spécialité de le région. Le père qui parle un très bon français, nous fait visiter la maison dont la décoration évoque à Benjamin les intérieurs Moldaves (ou syldaves) de Tintin et le sceptre d'Ottokar.
- Enfin, à l'hôtel Kocanija, (devant lequel nous ne faisons que passer) la patronne nous invite instantanément et de manière assez directive à nous asseoir et nous apporte un petit déjeuner gargantuesque: oeufs, bacon, poivrons cuits au vinaigre, radis, cafés, coca. Elle nous propose aussi de passer une nuit à l'hôtel. Il n'est que 9h du matin, nous déclinons et repartons quelque peu stupéfaits et abasourdis par ce geste gratuit de la part d'un commerçant qui normalement vend ce même service.
Le long d'un sentier Slovène qui nous mène à le frontière croate, tandis que nous redoutons l'apparition d'un ours, c'est finalement deux douaniers qui surgissent d'un bosquet et nous font gentiment comprendre que le chemin que nous voulons emprunter pour entrer en Croatie nous coûterait la bagatelle de 100 euros d'amende. Nous sommes donc contraints de faire un crochet de 5km pour rejoindre le passage officiel; ce qui nous vaut une des scène les plus burlesque du voyage à la douane : nous deux, sac sur le dos, dans la file d'attente des voitures entre un camping car néerlandais et une BMW allemande.
Le basculement sur le territoire croate nous plonge dans un environnement aride et pierreux qui nous pousse à s'adresser aux habitants pour avoir suffisamment d'eau et savoir où poser notre tente. C'est comme ça que nous rencontrons Šefik qui possède à la sortie du village de Škalnica un immense terrain envahie par des carcasses de camions et autres épaves de voitures. Il accepte tout de suite de nous laisser poser notre tente chez lui et viendra même nous indiquer un endroit plus confortable avec un accès à l'eau. A la nuit tombée, il nous invite sur sa terrasse à boire une bière et un jus de cerises maison. Nous discutons dans un mélange d'italien limité et d'allemand bancal. Abordant finalement certains sujets politiques plus complexes (entre autres la situation actuelle des pays de l'ex-Yougoslavie), Šefik à l' idée de faire usage de google traduction pour palier à nos déficiences linguistiques. Les limites du moteur de traduction et le sens de l'humour dont Šefik fait preuve dans ses tournures de phrase déclenchent quelques fou rire. Le lendemain au petit déjeuner, alors qu'on lui fait remarquer que son potager est resplendissant, il nous explique que ce ne fut pas facile. Chaque cm de terre se gagne à coup de pioche contre un sol truffé de pierres. S'ajoute à cela une sécheresse qui dure depuis 4 mois dont la famille d'agriculteurs slovènes de Prem nous avait déjà parlé concernant leur production de choux blancs. Les paysages dans lesquels nous avançons les jours suivants en sont marqués. Les arbres sont secs et virent au rouge et le jaune lumineux des champs pelés est ponctué de chardons bleus.
Un soir, alors que nous venons d'installer la tente, un jeune berger et son troupeau passent près de nous. La scène est magique. Après une journée de chaleur étouffante, le jour décline doucement. Pas un souffle de vent. Seuls les cloches et le bruissement des feuilles sèches que mâchent les chèvres viennent rompre le silence. Le troupeau progresse très lentement entre les herbes rases et les murets de pierres d'un pâturage parsemé de chênes tortueux. L'atmosphère pastorale méditerranéenne de cette scène évoque à nos esprits la Palestine du petit Jésus. Après une semaine passée en hauteur (avec des vues imprenables sur la mer et les îles dalmates), à distance raisonnable des plages et de l'activité balnéaire qui s'y déploie, nous nous décidons enfin à tremper un pied dans l'eau après avoir judicieusement choisi un village de taille raisonnable pour faire une pause: Klevonica.
En bonus pour les oreilles :
Dans un camping, en Slovenie, un Tcheque chante Folsom Prison de Johnny Cash dans sa langue :
jeudi 16 août 2012
De Pianello à Trieste - Hospitalité İtalienne
Nous quittons le Trentino et nos premiers pas dans le Veneto sont joyeusement accompagnés par Rosanna et sa petite chienne Franca le long du fleuve Brenta. Lors de la traversée de Pove del Grappa nous demandons à un habitant de remplir nos gourdes. Curieux de notre périple, il nous propose aussitôt d'installer notre tente chez son voisin. L'endroit est parfait, nous sommes ravis et comprenons rapidement que leur hospitalité ne s'arrêtera pas là. Après nous avoir proposé de prendre une douche, Maria et Giuseppe nous servent un repas. Au fur et à mesure que le nuit tombe une dizaine de leurs amis et voisins viennent et s'assoient autour de la table pour discuter un brin. Un méli-mélo d'espagnol, d'allemand, d'anglais et d'italien nous permet d'échanger avec tout le monde. Ils saisissent très bien les enjeux et les motivations de ce projet de marche et d'une manière générale, nous partageons pas mal de choses sur la vie, la politique et la nourriture. La soirée se déroule dans une ambiance de franche camaraderie tout à fait joviale. Le lendemain, c'est au tour de Giovanni, le voisin, de témoigner de son hospitalité en nous offrant un délicieux petit déjeuner.
Pour la première fois depuis la Drôme nous sortons des montagnes et évoluons à leur pied. Les oliviers des alentours de Pove laissent peu à peu la place à des vignobles qui se déploient sur de doux reliefs qui évoquent à Benjamin ceux de le Dordogne. Ici point de Bergerac mais du Prosecco.
Nous nous enfonçons progressivement dans la plaine, les montagnes apparaissent au loin, au dessus des champs de maïs. Avec nos tenues et nos équipements nous intriguons les locaux qui nous demandent régulièrement où nous allons. Ils nous offrent des fruits de leur jardin, des cafés, des biscuits; les commerçants ajoutent volontiers une bricole à nos courses. Tout cela est plutôt enthousiasmant.
Parmi les rencontres, la plus inattendue reste celle avec Romeo qui, à peine nous avoir vu passé devant chez lui, nous invite sous sa tonnelle de kiwis. L'eau coule à flot d'une fontaine que chaque habitant a dans son jardin et qui provient d'un généreux fleuve souterrain. La discussion se prolonge et Romeo ne résiste pas à l'envie de nous faire découvrir sa passion. Nous le suivons dans ce qu'il appelle son «petit laboratoire» puis dans sa cave. Il distille tout un tas de fruits qui poussent autour de chez lui et réalise des liqueurs dont les vapeurs sont exquises. Il nous en offre une petite bouteille à base de mures: parfait, cela manquait à notre équipement et ce n'est pas trop lourd.
Ces rencontres, même furtives, dont nous ne narrons que les plus singulières, se sont multipliées depuis notre sortie du Trentino. Ce n'est pas seulement parce que nous faisons figure d'extra-terrestre dans ces plaines agricoles, mais aussi parce que, sans doute, l'esprit y est un peu différent. Après un mois et demi passé en Italie nous nous remémorons nos premiers jours dans le Piémont où nous ne cessions de susciter l'intérêt. On s'amuse de constater que jamais dans la très riche Lombardie nous ne nous sommes fait inviter spontanément ou même aborder par curiosité. Aussi, pas une des maisons qui nous ont offert l'hospitalité ne présentait de signes ostentatoires religieux, caméra de surveillance, nain de jardin ou petit chien teigneux. Quant au Trentino, les rares personnes avec lesquelles nous avons échangé nous ont fait part elle-même de la mentalité un peu trop autrichienne de la région. Dommage, c'est sans doute celle qui nous a le plus séduit.
Nous faisons maintenant une pause à Trieste afin de se remettre de ces chaudes et longues journées de marche en plaine. La Slovénie n'est qu'à une centaine de mètres, nous appréhendons quelque peu: il va falloir nous familiariser avec les rudiments d'une nouvelle langue et les villages sont bien moins nombreux qu'en Italie, ce qui va nous contraindre à une plus rigoureuse gestion de la nourriture et de l'eau. Nous sommes déjà un peu dans le bain, depuis 2 jours tout est écrit dans les deux langues et plusieurs personnes que nous rencontrons sont d'origine slovène. Parmi eux Boris et Patrizia qui tiennent une ferme-auberge à Medeazza où nous dégustons un jambon à tomber par terre. Accueil, décoration, nourriture et musique sont un sans faute et comme par hasard nous sommes perdus en pleine pampa loin des axes routiers et des lieux touristiques: il y a toujours une certaine cohérence.
Plus loin c'est Pietro Antonic, ancien chef d'un resto italien de la banlieue de Londres, qui nous invite à déguster une énorme tomate de son potager qu'il prépare en un tour de main avec du basilique, de l'huile d'olive et du pain maison. Ultra- volubile, Pietro tourbillonne dans tous les sens et raconte mille, anecdotes liées à sa collection d'assiettes qui orne les murs de sa cuisine tandis qu'il prépare des bocaux de sauce tomate pour l'hiver. Nous repartons alors que le jour décline avec du pain, des tomates, une rose er une balle de la seconde guerre mondiale.
Depuis notre traversée du fleuve Insonzo de doux reliefs nous ont amené sur un plateau dont la végétation et la géologie nous évoque le Larzac. Les arbustes rougeoient annonçant l'approche de l'automne et au loin entre les arbres, nous apercevons la mer Adriatique.
jeudi 9 août 2012
Un crochet dans les Dolomites
Depuis Briancon déjà, nous croisons des gens qui nous parlent de ce massif célèbre. Notre chemin passe 50km plus au sud, nous sautons dans un bus (et un téléphérique) pour nous y rendre et y passer une journée féerique avant de reprendre notre route au point où nous l'avons laissé.
Petits cailloux, cassures, éraflures, crevasses et mini-cratères donnent à l'ensemble, vu de loin, un aspect velouté qui pourrait évoquer une moisissure de fromage roulée dans la cendre.
Ce petit détour et les dépenses qui y sont liées rappellent à notre porte-monnaie que ce voyage n'est viable, pour nous, qu'à condition de dormir le plus souvent dans la nature et d'éviter toute dépense superflue.
mercredi 8 août 2012
De Riva del Garda à Pianello - Randonneurs a la plage
Après une journée passée sur la page du lac de Garde en tenue de randonneurs au milieu des bikinis, nous entamons la marche sous une température à peine plus clémente en fin d'après-midi et pénétrons dans une vallée dont nous ne soupçonnons pas la beauté. Celle-ci regorge de vergers, potagers et vignobles dont les alignements contrastent avec les falaises vertigineuses qui s'élèvent au dessus de nos têtes. Les roches qui affleuraient gentiment depuis Lecco semblent maintenant chercher à s'extraire du sol et annoncent l'approche du massif des Dolomites vers lequel nous nous dirigeons. Un soir nous nous arretons pour dormir chez des vignerons qui ont aménagé un micro-camping. La patronne nous accueille avec un énorme ballon de rouge puis revient un brin éméchée alors que nous nous apprétons à dormir pour nous offrir une pizza et à nouveau du pinard. Au petit matin nous repartons avec un plein panier de tomates cerises.
En arrivant place du dôme à Trento, Tleytmess tombe instantanément sous le charme de la ville. A mi-chemin entre l'Autriche et l'Italie, l'architecture offre une grande diversité : une combinaison réjouissante de l'élégance vénitienne, du classicisme romain, du baroque autrichien et de la rusticité des architectures vernaculaires alpines. Nous décidons d'y passer une nuit afin de flâner dans la ville (libérés des sacs) et de s'offrir un restaurant dont la cuisine raffinée est absolument délicieuse: Il Cappello.
Notre avancée dans les vallées du trentino est ponctuée part des baignades rafraîchissantes dans de très beaux lacs accessibles (et gratuit!).
Cette région nous donne très envie d'y revenir faire autre chose que de la marche : escalade, vélo, voile, canyoning, oeno-tour... les possibilités sont nombreuses.
mardi 31 juillet 2012
De Erba à Riva del Garda - Angoisses nocturnes
Nous repartons d'Erba reposés avec de merveilleuses charcuteries d'Ombrie offertes par Marilena et deux nouvelles pièces pour réparer notre tente fabriquées maison par Riccardo. Tout serait parfait si la traversée de Lecco sous un soleil de plomb n'était pas si éprouvante. Heureusement, on triche un poil, un petit tour de téléphérique et on se retrouve plongé dans une ambiance alpestre très reposante. Nous découvrons le minuscule village de Morterone et son expo permanente d'art contemporain, et nous tombons sous le charme de l'environnement naturel dans lequel nous nous trouvons, à savoir l'Orobie: les reliefs sont très doux même en altitude, quelques rochers affleurent, la végétation très fraîche est d'un vert intense. Les paysages dessinent des lignes qui ondulent et nous mènent à Oltre il Colle, un sublime endroit, point d'orgue de cette partie de la Lombardie où nous espérons bien revenir un jour. Côté papilles, on goûte ici au Taleggio (entre la raclette et le munster suivant l'état de fermentation, délicieux) et au Bagoss. Chaque vallée a son fromage.
Si nous apprécions beaucoup la disparité, la fantaisie et la décontraction italienne côté architecture, c'est un peu plus agaçant quand il s'agit du marquage des sentiers : soit ils sont inexistants, soit ils sont confus où redondants, soit ils sont illisibles, soit ils ne mènent nulle part ou à des refuges fermés. Pour illustration, nous avons suivi un jour sur cinq kilomètres un sentier parfaitement tracé qui nous a amené tout droit à un pont effondré et obligé à une traversée périlleuse de la rivière. Nous nous étions souvent interrogés avant notre départ sur les techniques pour s'orienter. La recette actuelle est la suivante : grandes lignes tracées sur une carte 1/200.000, puis ajustements et rectifications avec le GPS, les cartes et panneaux touristiques et enfin pas mal de conseils collectés auprès des locaux (du moins ceux qui pratiquent un minimum la marche à pieds et qui savent que dans notre cas une 4 voies ne permet pas d'aller plus vite...).
Nous progressons dans les villages au rythme des «oggi sposi», «attenti al cane», autocollants de la ligue du nord (dont on se passerait bien d'après ce que nous en disent nos amis italiens) et bar gelateria.
La marche est propice à la remontée en mémoire de pas mal de souvenirs qu'on ne croyait même plus stockés quelque part... Tleytmess se rappelle du nom de certains camarades de classe dont elle avait oublié l'existence, tandis que Benjamin se désespère de constater qu'il connaît par coeur les paroles du premier album de Sinclair.
Depuis presque trois mois maintenant que nous marchons, si les photos font le part belle aux merveilleux endroits que nous parcourons, soyez rassurés, il y a aussi quelques difficultés : la météo est très imprévisible et de nombreux orages nous ont fait serrer les fesses de jour comme de nuit. En contrepartie, ils génèrent souvent de somptueuses lumières changeantes. Quant à nos nuits elles ne sont pas toujours très reposantes. le moindre bruit amplifié et surinterprété, souvent par manque d'imagination, se transforme parfois en psychose. Plus d'une nuit aux abords des villes sont devenues inquiétantes à partir d'événements aussi dérisoires qu'un drapeau qui claque au vent, une mouche coincée dans un sac, ou un type qui se racle le gorge en promenant son chien.
Les sacs sont toujours aussi lourds même si nous les supportons mieux et nous avons remarqué à ce sujet que, comme le chien ressemble à son maître, le sac ressemble à son randonneur.
Bon, cela dit, les paysages quasi-méditerranéens dont témoignent les photos de notre arrivée sur le lac de Garde font largement oublier ces petits désagréments.
PS : les lacs du coins sont bien plus accueillant. probablement aussi parce que les touristes n'y viennent pas que pour le prestige mais bien pour profiter de la richesse et la diversité de l'environnement.
Si nous apprécions beaucoup la disparité, la fantaisie et la décontraction italienne côté architecture, c'est un peu plus agaçant quand il s'agit du marquage des sentiers : soit ils sont inexistants, soit ils sont confus où redondants, soit ils sont illisibles, soit ils ne mènent nulle part ou à des refuges fermés. Pour illustration, nous avons suivi un jour sur cinq kilomètres un sentier parfaitement tracé qui nous a amené tout droit à un pont effondré et obligé à une traversée périlleuse de la rivière. Nous nous étions souvent interrogés avant notre départ sur les techniques pour s'orienter. La recette actuelle est la suivante : grandes lignes tracées sur une carte 1/200.000, puis ajustements et rectifications avec le GPS, les cartes et panneaux touristiques et enfin pas mal de conseils collectés auprès des locaux (du moins ceux qui pratiquent un minimum la marche à pieds et qui savent que dans notre cas une 4 voies ne permet pas d'aller plus vite...).
Nous progressons dans les villages au rythme des «oggi sposi», «attenti al cane», autocollants de la ligue du nord (dont on se passerait bien d'après ce que nous en disent nos amis italiens) et bar gelateria.
La marche est propice à la remontée en mémoire de pas mal de souvenirs qu'on ne croyait même plus stockés quelque part... Tleytmess se rappelle du nom de certains camarades de classe dont elle avait oublié l'existence, tandis que Benjamin se désespère de constater qu'il connaît par coeur les paroles du premier album de Sinclair.
Depuis presque trois mois maintenant que nous marchons, si les photos font le part belle aux merveilleux endroits que nous parcourons, soyez rassurés, il y a aussi quelques difficultés : la météo est très imprévisible et de nombreux orages nous ont fait serrer les fesses de jour comme de nuit. En contrepartie, ils génèrent souvent de somptueuses lumières changeantes. Quant à nos nuits elles ne sont pas toujours très reposantes. le moindre bruit amplifié et surinterprété, souvent par manque d'imagination, se transforme parfois en psychose. Plus d'une nuit aux abords des villes sont devenues inquiétantes à partir d'événements aussi dérisoires qu'un drapeau qui claque au vent, une mouche coincée dans un sac, ou un type qui se racle le gorge en promenant son chien.
Les sacs sont toujours aussi lourds même si nous les supportons mieux et nous avons remarqué à ce sujet que, comme le chien ressemble à son maître, le sac ressemble à son randonneur.
Bon, cela dit, les paysages quasi-méditerranéens dont témoignent les photos de notre arrivée sur le lac de Garde font largement oublier ces petits désagréments.
PS : les lacs du coins sont bien plus accueillant. probablement aussi parce que les touristes n'y viennent pas que pour le prestige mais bien pour profiter de la richesse et la diversité de l'environnement.
mardi 17 juillet 2012
De Borgosesia à Erba - Arbres fruitiers et plages privées
Descendus dans la plaine, il est de plus en plus difficile de trouver des sentiers, c'est pourquoi, dès que l'occasion se présente, nous choisissons de traverser les parcs naturels. Ceux-ci imposent des détours et des dénivelés conséquents mais aussi quelques belles surprises.
C'est à Calma, dans le parc de Monte Fenera, alors que nous savonnons vigoureusement nos chaussettes à la fontaine du village, que Noris vient à notre rencontre. Elle habite la maison derrière, revient de son verger et nous invite à boire un thé. Curieuse de notre périple, elle sort un vieil atlas où nous lui indiquons notre parcours. De notre coté, après avoir gouté quelques fruits du verger, nous avons très envie de savoir à quoi il ressemble. C'est avec beaucoup d'enthousiasme que Noris nous accompagne à travers le potager et une partie du verger qui est remarquable (80 arbres fruitiers, un téléphérique et une vue imprenable sur les alentours). Deux heures plus tard un énorme orage de grele nous tombe sur la tete alors que nous venons de décliner l'offre faite par un automobiliste de nous transporter.
Nous approchant de la région des grands lacs, nous croisons de moins en moins de Fiat Panda, et de plus en plus de 4x4 de luxe qui ne voient jamais la couleur de la boue. Nous sentons petit à petit qu'on fait un peu tache dans des villes comme Arona, Varese ou Come où de somptueuses villas sont entourées de jardins aux hêtres pourpres, cèdres du Liban et autres érables japonais de toute beauté. Dans cet environnement si beau et si propre soit-il, le piéton n'a pas sa place. Quelle tristesse de constater que l'aisance et le luxe condamne finalement à ne sortir de chez soi qu'en voiture. C'est en somme une toute autre conception du luxe qui nous a poussé à concevoir ce projet: l'accession par la marche à l'indépendance et à la liberté. Une liberté toute relative lorsqu'il s'agit de traverser des villes riches et touristiques. Les lieux les plus beaux sont cernés de propriétés privées qui interdisent le passage et les accès aux plages sont systématiquement payants.
Grace à la marche, nous avons accédé jusqu'à prèsent à des lieux magnifiques qui de toute évidence appartiennent à tous à la seule et unique condition de les respecter. On se demande alors ce qui pousse certaines personnes à payer 8 euros pour avoir l'immense honneur de s'entasser sur une plage aussi grande qu'un mouchoir de poche: l'accessibilité en voiture sans aucun doute. Et on se demande encore où se baignent ceux qui ont moins d'argent ...
Heureusement, en approchant d'Erba nous prenons le temps de trainer dans le village d'Alserio, son bar essentiellement fréquenté par la gente féminine et son lac préservé de toute activité mercantile. Cela fait du bien de trouver un lieu simple et authentique et cela nous donne un avant gout de l'accueil chaleureux et réconfortant que nous réservent Marilena et Riccardo, les parents de notre ami Tommaso. On profite de cette pause pour se faire coucougner et savourer les bienfaits d'un lit douillet et de la cuisine italienne... bref d'avoir un petit chez-soi.
PS. si quelqu'un sait comment faire un accent circonflexe sur ces claviers qwerty, qu'il se manifeste.
Inscription à :
Articles (Atom)